«Les piles de cash incitent à des rachats»

s Questions à Patrik Kerler, responsable fusions et acquisitions chez KPMG

Patrik Kerler, responsable des fusions et acquisitions chez KPMG Suisse, doute de l’efficacité des clauses de protection des sociétés.

Le Temps: Plusieurs entreprises suisses de taille moyenne comme Sika, Swisslog ou Nobel Biocare ont été reprises ces derniers mois par des groupes étrangers. Cette vague de fusions et acquisitions va-t-elle se poursuivre l’année prochaine?

Patrik Kerler: De manière générale, on peut observer que les neuf premiers mois de l’année ont été caractérisés par une hausse des activités de fusions et acquisitions. C’est vrai aussi bien en termes de volumes, en raison de grandes opérations comme le rapprochement entre Lafarge et Holcim, que du point de vue du nombre des transactions réalisées.

– Les sociétés suisses qui ont un profil spécialisé dans un segment donné semblent beaucoup intéresser les groupes étrangers. Pourquoi?

– Tout d’abord, il est important de rappeler que les entreprises helvétiques ont davantage acquis des sociétés étrangères que l’inverse durant ces dernières années. Cela dit, plusieurs sociétés suisses leader dans un segment de niche ont effectivement été rachetées ces dernières années. Cela s’explique, d’une part, en raison de l’orientation de l’économie suisse fortement axée sur des domaines comme les technologies, les techniques médicales, etc. Et, d’autre part, parce que les groupes acquéreurs préfèrent généralement reprendre des sociétés focalisées sur un secteur précis, ce qui évite des doublons avec leur propre organisation.

– Quel impact ont les variations de change, comme le renforcement du dollar?

– Les taux de change ne constituent qu’un effet particulier qu’il ne faut pas surestimer. En revanche, le fait que les entreprises ont à leur disposition d’importantes piles de cash accroît le nombre de rachats. Les dirigeants de ces entreprises disposent ainsi non seulement d’une plus grande marge de manœuvre pour effectuer des transactions, mais elles sont aussi soumises à une plus grande pression pour investir cet argent.

– Va-t-on vers une surenchère en matière de prix?

– Bien sûr, les prix payés pour effectuer des rachats sont redevenus plus élevés qu’après la crise financière. Toutefois, il est intéressant de constater que la bourse a, le plus souvent, réagi positivement aux opérations d’acquisitions, y compris pour l’entreprise acheteuse. Cela n’est bien sûr pas une garantie de succès pour ces opérations à long terme – il existe une multitude d’études à ce sujet – mais c’est une tendance que l’on observe.

– Beaucoup de sociétés cotées suisses disposent encore de clauses particulières pour protéger les intérêts de la famille des fondateurs ou de l’actionnaire historique. Est-ce encore utile?

– Ces clauses particulières symbolisent un élément important de l’histoire et de la culture économique suisse. Mais aujourd’hui bien sûr, de tels mécanismes ne constituent plus une garantie. A l’international, on connaît beaucoup moins ces structures mixtes qui permettent à un groupe d’actionnaire de contrôler la majorité des voix tout en détenant une part en capital beaucoup plus limitée. Dans les années 1980 ou 1990, ce type de structures avaient été mises en place pour protéger les sociétés contre les «raiders» ou les actionnaires activistes. Leur utilité est aujourd’hui remise en question.

A l’inverse, le marché libre comporte, bien sûr, aussi des risques pour les entreprises.