Malgré les crises à répétition et les ralentissements conjoncturels de ces dernières années, les Suisses ont apparemment toujours les moyens de cotiser au pilier 3a. Selon une étude de l’OFS, presque deux tiers des personnes actives âgées entre 25 et 65 ans alimentent chaque année leur 3e pilier. Et les chiffres sont en constante augmentation. Créé afin de compléter les prestations de vieillesse, le pilier 3a, disponible sous plusieurs formes, est aussi fréquemment utilisé pour amortir l’hypothèque.

Le pilier 3a est une forme d’épargne très appréciée en Suisse. En effet, selon l’Office fédéral des statistiques, 64% des personnes actives âgées de 25 à 65 ans alimentent régulièrement leur 3a. Entre 40 et 54 ans, ce pourcentage atteint même 69%. De manière générale, les indépendants cotisent davantage que les salariés, et les hommes plus que les femmes. D’après l’Office fédéral des assurances sociales, le volume des avoirs de prévoyance 3a, détenus auprès des banques en 2011, se montait à 42 milliards de francs, soit une augmentation de 11,2% par rapport à 2010.

Si le 3e pilier est tant apprécié, c’est parce qu’il présente deux avantages de taille. Premièrement, il est déductible du revenu. En 2013, les salariés peuvent, en effet, déduire jusqu’à 6739 francs et les indépendants sans caisse de pension jusqu’à 20% de leur revenu, au maximum 33 696 francs. Deuxièmement, il permet de compléter les prestations de prévoyance vieillesse, qui diminuent de manière constante.

Dans l’idéal, il faudrait alimenter plusieurs comptes 3a auprès de différents établissements. La retraite approchant, il est ainsi possible d’échelonner le retrait de l’avoir 3a sur plusieurs années fiscales différentes. Comme l’impôt dépend de la hauteur du capital retiré au cours d’une même année, on peut donc faire baisser la charge fiscale due lors du versement, en échelonnant les retraits sur plusieurs années. Depuis 2008, les personnes qui choisissent de rester actives peuvent continuer de cotiser au pilier 3a durant 5 ans au-delà de l’âge légal de la retraite.

Dans la pratique, il existe plusieurs types de pilier 3a: compte à intérêt, dépôt de titres et assurance. Selon les chiffres de l’OFAS, la solution assurance était la plus privilégiée jusqu’en 2005, puis cette tendance s’est inversée au profit des solutions bancaires. En 2011, il existait 1,68 million de comptes bancaires contre 1,45 million de polices d’assurance pour le 3a, soit, au total, plus de 3,1 millions de solutions 3a. Outre la déductibilité fiscale et la constitution d’une épargne pour la retraite, chaque type de pilier 3a présente des caractéristiques différentes.

Un compte à intérêt offre l’avantage d’une haute sécurité: l’investisseur touche un taux d’intérêt connu à l’avance et n’est pas exposé aux risques du marché. D’un autre côté, cette sécurité limite le potentiel de gain que l’on pourrait réaliser avec des titres: un compte 3a est, en principe, assorti d’un taux d’intérêt de 1 à 2%. En comparaison, la valeur de la plupart des solutions-titres dotées d’une part en actions de 40 à 50% a augmenté de 20% depuis début 2009. Rien que pour 2012, les solutions-titres ont réalisé un rendement moyen de 6,6% (voir tableau ci-contre). Celle de Swiss Life était la plus performante avec 9,7%!

Un compte à intérêt est toutefois plus flexible si l’on souhaite changer de prestataire: il suffit de transférer le montant au nouvel établissement choisi. Avec un dépôt 3a, il faut d’abord vendre les titres. Mais la situation sur les marchés n’est peut-être pas favorable à ce moment-là.

L’épargnant qui opte pour une solution-titres doit prêter attention aux frais. S’élevant en principe entre 1 et 1,5%, les frais appliqués engloutissent une majeure partie du rendement. S’y ajoutent encore d’autres coûts indésirables, comme les frais de transaction lors de restructurations du portefeuille ou les frais d’émission. A cela, il faut encore ajouter les frais des sous-fonds. En fin de compte, les frais effectifs sont donc nettement plus élevés que ce qui est indiqué dans la brochure.

Dans ce cas, l’épargnant averti optera pour un pilier 3a avec des titres gérés de manière passive, c’est-à-dire investis dans des ETF ou d’autres fonds indiciels. Les frais sont en principe plus avantageux de 0,5% au minimum. Pour un versement annuel de 6000 francs pendant 25 ans à un rendement brut de 4%, l’économie de frais représente 15 500 francs par rapport à une solution gérée activement.

Moins de flexibilité avec l’assurance 3a

Quant à la variante assurance, elle combine une assurance-vie à une épargne 3a. Mais cette solution offre nettement moins de flexibilité que le compte à intérêt ou le dépôt de titres. En effet, avec une assurance 3a, une partie des cotisations versées peut être perdue si la prime annuelle n’est pas totalement payée ou si la police fait l’objet d’une résiliation anticipée.

Une majorité de personnes cotisent au pilier 3a pour leur retraite et profitent de sa flexibilité: en effet, il est possible de retirer le capital jusqu’à 5 ans avant l’âge ordinaire de la retraite (59 ans pour les femmes et 60 ans pour les hommes). Cependant, il est aussi autorisé de retirer son avoir bien avant la retraite, mais dans un nombre limité de cas: pour financer l’achat d’un logement, si l’on se met à son compte, pour effectuer un rachat dans le deuxième pilier, si l’on quitte la Suisse, lorsque l’on bénéficie d’une rente d’invalidité ou en cas de décès.

Par ailleurs, si le pilier 3a est fréquemment employé pour amortir une hypothèque, il pourrait à l’avenir être davantage utilisé comme apport de fonds propres. En effet, depuis le 1er juillet 2012, sur les 20% de fonds propres nécessaires à l’achat d’un bien immobilier, il n’est permis de financer que 10% au moyen du 2e pilier. Les 10% restants doivent provenir de l’épargne privée: le pilier 3a paraît donc tout désigné.

* Responsable de la clientèle privée de Suisse romande, VZ VermögensZentrum SAroland.bron@vzch.com

Il permet de compléter les prestations de prévoyance vieillesse, qui diminuentde manière constante