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Frédéric Hemmeler, le fondateur d'Agrofly: «Les drones ne sont pas toujours bien perçus par les pilotes d'hélicoptères car ils leur font de la concurrence.»
© Sedrik Nemeth

Métiers en mutation

De pilote d’hélicoptère à producteur de drones

Frédéric Hemmeler a créé la société valaisanne AgroFly, qui a conçu un pulvérisateur agricole de haute précision, actionné par un drone. 

Dans le cadre d'une série consacrée aux métiers qui se réinventent, Le Temps met à l'honneur les différents milieux professionnels au sein desquels une révolution s'opère. 

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«Je savais dire hélicoptère avant de dire maman», exagère un tout petit peu Frédéric Hemmeler, un passionné d’aviation. Cet ancien pilote de 40 ans est passé d’engins volants dont il était maître à bord au pilotage de la société valaisanne AgroFly, spécialisée dans la production de drones destinés à la pulvérisation ciblée des vignes et cultures.

«Les drones ne sont pas toujours bien perçus par les pilotes d’hélicoptères. Ils leur font de la concurrence, notamment dans les domaines de la surveillance, de l’épandage ou de la photographie par vue aérienne, explique celui qui a su transformer l'épandage classique grâce aux nouvelles technologies. Il y a une explosion de la demande. Des agriculteurs provenant du monde entier me contactent chaque semaine.»

Haute précision

Créé en 2017 à Granges (VS), AgroFly a développé un pulvérisateur agricole de haute précision, actionné par un drone en carbone et en aluminium. «La circonférence du drone, d’environ 2,50 mètres, s’adapte à tous les terrains. Le pulvérisateur est actionné et stoppé avec une précision chirurgicale. Beaucoup moins de produits phytosanitaires ou biodynamiques sont utilisés. En survolant à 1 mètre du sol, chaque goutte atteint sa cible, contre environ 40% pour l’épandage par hélicoptère. La fameuse «dérive» si décriée est dès lors quasi inexistante», affirme Frédéric Hemmeler, qui prévoit de produire des drones en série dès 2018 et réaliser un chiffre d’affaires de 3 à 4 millions de francs.

Dix personnes travaillent actuellement chez AgroFly. «Parmi nos employés, on compte par exemple un ancien micromécanicien ou un peintre en bâtiment. L’année prochaine, je prévois d’engager une quarantaine de pilotes de drones pour des missions temporaires.» Ils ont généralement un statut d’indépendants et travaillent pour un salaire compris entre 40 à 60 francs de l’heure. Beaucoup d’entre eux ont été formés au sein du centre de formation Fly & Film, une école que Frédéric Hemmeler a aussi créée.

Sa vie au Canada

Le fondateur d’AgroFly ne pilote plus d’hélicoptères. Ce qui lui manque terriblement. «Je n’ai plus le temps. Je travaille douze à seize heure par jour et une partie des week-ends, explique-t-il. Mais je compte bien m’y remettre.» S’il a rejoint cet univers des drones, c’est en partie lié aux difficultés que rencontrent les pilotes d’hélicoptère.

Dès son plus jeune âge, Frédéric Hemmeler travaillait durant les vacances pour s’offrir des cours de pilotage, malgré son père banquier qui s’est toujours fait un point d’honneur à ce que son fils participe financièrement à son hobby. A 14 ans, il a obtenu une licence de planeur et à 16 ans, il pilotait des avions à hélices. «Je volais jusqu’en Gruyère pour aller manger des meringues à la crème», se souvient-il.

Une formation au Canada

Après une année de droit à l’Université de Genève, il rêve de devenir pilote professionnel d’hélicoptère et part se former au Canada, attiré par les grands espaces. Malgré ses heures de vol, il ne trouve pas d’employeur. «Pendant deux ans, j’ai fait le tour des compagnies d’hélicoptères, vivant dans une vieille voiture pourrie, avec une tente, un chauffage d’appoint et une canne à pêche pour manger.»

Un instructeur lui propose de se spécialiser à la technique de la longue élingue (accessoire de levage), indispensable à l’industrie minière alors en pleine expansion. «Il a fini par m’engager», explique Frédéric Hemmeler. C’est aussi à ce moment qu’il rencontre sa future femme en Suisse, une Autrichienne inspectrice des autorités de l’aviation civile. «Je faisais des allers-retours entre Sion et le Canada où je volais durant des périodes de trois à douze semaines.»

En 2007, l’industrie minière pique du nez. C’est le retour à Genève et aux bancs de l’université où il finit par obtenir un master en management d’aviation. «Avec ma femme, nous voulions ouvrir une société d’hélicoptères.» Mais finalement, c’est un homme d’affaires russe établi dans le Valais qui lui fait découvrir l’univers des drones. «Il recherchait un pilote pour l’épauler dans un projet de drones suiveurs qui n’a pas abouti.» En revanche, les drones sont eux restés fidèles à Frédéric Hemmeler.

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