General Motors au début de cet été, les compagnies téléphoniques régionales ces dernières semaines, Northwest depuis ce week-end: les Etats-Unis sont-ils en train de vivre une vague naissante de revendications salariales dures? Dans le cas de Northwest, la situation est aussi claire que bloquée. Les 6200 pilotes de la compagnie basée à Saint Paul, dans l'Etat du Minnesota, réclament une amélioration de 15% de leur rémunération, en juste retour des sacrifices consentis voici cinq ans, alors que Northwest se débattait contre le dépôt de bilan sous la protection du chapitre 11 de la loi sur les faillites – un artifice juridique américain interdisant à tout créancier de réclamer son dû. Les contre-propositions de la direction de Northwest sont pour l'heure restées sans réponse, et aucune nouvelle réunion de conciliation n'est agendée pour l'instant, au grand dam des métropoles où la compagnie aérienne règne en maître, en particulier Minneapolis/Saint Paul, Memphis et Detroit, où Northwest tient une part de marché de 75%.

Northwest, qui partage un programme de vols communs et d'harmonisation des horaires avec la compagnie hollandaise KLM (autrefois propriétaire de 20% de Northwest), a retrouvé les chiffres noirs, à l'image de la plupart des compagnies aériennes occidentales, sous l'effet de l'accroissement du trafic mondial et des bénéfices des plans de maîtrise des coûts. Celle-ci a notamment passé par des coupes salariales pour un montant global de 320 millions de dollars, seulement pour les pilotes. En contrepartie, estime la compagnie, les pilotes ont obtenu 14,5 millions d'actions Northwest et un siège au conseil d'administration.

Mais les pilotes veulent aujourd'hui des hausses de revenus nominaux. Ils exigent une augmentation nette de 15%, et une prime unique totale de 165 millions de dollars, à distribuer sous forme de cash et d'options sur titres (stock options). La direction de Northwest a offert au syndicat des pilotes une hausse de salaire de 10% sur 5 ans, et une prime unique de 3,5% du salaire, soit un montant total de 57 millions de dollars. Les patrons de Northwest avancent que cette offre représenterait en l'an 2000 un salaire moyen supérieur de 4,5% à celui que touchent les pilotes d'American Airlines, de United ou de Delta, les trois principales compagnies américaines – l'avantage comparatif atteindrait même 7% en 2002.

Les pilotes ne l'entendent pas de cette oreille. Ils contestent le chiffre avancé par leur direction: le salaire annuel d'un pilote Northwest est de 120 000 dollars, pas de 133 000 comme l'affirment les dirigeants de la compagnie. «Je pense que cette compagnie aérienne doit se réveiller et entendre le message que ses employés ont le droit de partager le succès qu'ils ont créé», s'est exclamé le porte-parole du syndicat des pilotes Paul Omodt, cité par Bloomberg. Surtout, les pilotes de Northwest ont peur que les deux filiales régionales Mesaba Airlines et Express ne s'emparent de plusieurs dessertes: les pilotes de ces deux filiales sont nettement moins payés qu'eux.

La grève entamée vendredi est une catastrophe économique pour la compagnie aérienne, qui perd entre 13 et 15 millions de dollars net par jour, mais aussi pour plusieurs villes du Midwest américain. Les dirigeants de Northwest chiffrent les pertes potentielles à 490 millions de dollars par semaine de grève. Northwest transporte une moyenne de 115 000 passagers par jour. La situation de pleine charge que connaissent actuellement les compagnies aériennes américaines sur leurs lignes intérieures ne leur laisse que peu de possibilités de repli. TWA et Spirit, deux compagnies concurrentes, ont annoncé vouloir augmenter certaines fréquences sur les aéroports les plus touchés, et la plupart des transporteurs américains accepteront à leur bord des passagers munis de billets Northwest, mais à condition qu'il leur reste des places.

Malgré l'ampleur spectaculaire de cette grève, dont la plupart des spécialistes estiment malgré tout qu'elle ne durera pas plus d'une semaine, le président américain Bill Clinton a fait savoir par un de ses porte-parole qu'il n'interviendrait pas pour casser le mouvement, comme il l'avait fait en février 1997, lorsque les pilotes d'American Airlines avaient décidé de débrayer. La Maison-Blanche justifie cette réserve par le caractère plus «régional» de la compagnie Northwest. Plusieurs hommes politiques du Midwest tentent d'infléchir le président américain pour qu'il intervienne malgré tout.