En début d'année, alors que les places financières n'avaient pas encore plongé, les acteurs de l'industrie suisse des fonds de placement estimaient unanimement que la concentration du marché allait commencer. Fin 2001, la Swiss Fund Association indiquait que le nombre de fonds dépassait… les 3200! Depuis, on a pourtant assisté au lancement de nombreux nouveaux produits, parfois en grand nombre, comme les cinquante fonds de la banque Fiduciary Trust autorisés au premier trimestre. Plus récemment, différents établissements ont lancé des fonds obligataires, chute des actions oblige.

Il semble qu'il y ait encore de la place puisque Pioneer Investments propose désormais en Suisse 21 compartiments de sa SICAV luxembourgeoise Pioneer Funds. Filiale depuis 2000 du poids lourd italien de la banque UniCredito, la société de gestion de portefeuille complétera sa présence sur le marché helvétique avec la distribution de 22 autres compartiments dès qu'ils auront reçu l'autorisation de la Commission fédérale des banques (CFB). Une décision attendue d'ici au début de l'année prochaine. «Notre entrée sur ce marché se veut déterminée et prudente», déclare Jérôme Thomas, responsable des partenariats Europe. «Nous visons le long terme.»

De la détermination, il en faut certainement beaucoup. D'autant que le nom Pioneer n'est guère encore connu en Suisse. «Nous misons sur la qualité de nos fonds. Notre groupe possède une solide expérience dans ce domaine: le premier fonds Pioneer a été lancé à Boston en 1928. Il est noté AA par Standard and Poor's. Notre gamme de fonds couvre la majorité des segments du marché: fonds sectoriels (dont santé, énergie, technologies), géographiques (dont Etats-Unis, Europe, marchés émergents), fonds actions et obligations. Nous sommes enfin en mesure de fournir des informations et un service de conseil digne d'une banque privée. Nos gérants sont notamment très disponibles.»

Le style de gestion des fonds Pioneer combine les philosophies «value» et «growth». La politique d'investissement se base, elle, sur l'approche bottom-up. «Nous comptons sur une solide équipe d'analystes, une quarantaine, et autant de gérants de fonds», note Jérôme Thomas. En mai dernier, Pioneer Investments a racheté Momentum, un des leaders du marché des fonds alternatifs. Les fonds distribués restent néanmoins classiques. «La distribution de fonds alternatifs n'est pour l'instant pas d'actualité en Suisse.»

La prudence, elle aussi, est bien de mise car aucun objectif de masse sous gestion n'est avancé. Jérôme Thomas avoue seulement vouloir «se hisser parmi les dix premiers fournisseurs du marché. Nous nous positionnons en producteur de fonds car nous ne faisons pas de vente directe. Plusieurs partenariats ont été passés pour distribuer nos produits, avec UBS ou Fundlab de Credit Suisse par exemple. Les banques privées font également partie de notre clientèle cible. Des accords ont aussi été trouvés sur la place de Genève». Pioneer Investments ne compte toutefois pas ouvrir de bureau sur le sol helvétique.

En s'installant en Suisse, la société de gestion poursuit une stratégie plus large de croissance en Europe. «Nos fonds sont déjà enregistrés en Allemagne, en France, en Italie et même en République tchèque, précise Jérôme Thomas. Nos actifs sous gestion se montent à un total de 101 milliards d'euros (148 milliards de francs suisses), dont 80% en Europe.» Egalement présent en Asie, Pioneer gère ses fonds à l'échelle mondiale.