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La pire idée de gestion? Combiner les meilleurs gérants

Le désir de confier la partie actions au meilleur spécialiste du genre et de même pour chaque actif du portefeuille conduit à une mauvaise performance et une hausse des risques, selon Zwei Wealth Experts. Leçons d’un appel d’offres à des banques

Zwei Wealth Experts a procédé à 48 appels d’offres auprès de plus de 70 banques et gérants de fortune. Les enseignements de cet exercice sont significatifs. Il en ressort tout d’abord que l’idée de confier chaque catégorie de son portefeuille (actions suisses, actions européennes, obligations émergentes, alternatifs, etc.) au meilleur spécialiste de la branche conduit à de moins bons résultats, tant en termes de performance que de volatilité, que de déléguer la gestion de l’ensemble du portefeuille à une seule personne, explique Patrick Müller, directeur de Zwei Wealth Experts. Comme le disent les spécialistes, l’approche «single manager» est meilleure que celle du «multi-manager». Les raisons sont nombreuses. La composition du portefeuille selon le principe du multi-manager est d’abord le fruit d’une approche statique. Les pondérations restent inchangées. Le deuxième problème se situe dans le fait que chaque spécialiste a ses propres convictions et que le résultat final se traduit par une trop grande diversification du portefeuille.

Aucun lien entre le coût et la qualité

Deuxième enseignement à tirer des appels d’offres: les meilleures performances ne sont aucunement corrélées avec les coûts. Certains gérants présentent de très bonnes performances avec des coûts extrêmement bas et d’autres de piètres rendements avec des coûts élevés (sans prise en compte des frais de transaction). Troisième observation: ce ne sont pas toujours les mêmes gérants qui gagnent les appels d’offres. Zwei Wealth Experts dénombre 27 différents gagnants pour ses 48 appels d’offres. On constate une grande diversité, un grand professionnalisme et la qualité élevée de la place bancaire suisse. En fait, chaque gérant a ses propres qualités.

Zwei Wealth Experts parvient à dresser le portrait-robot du profil le plus apprécié, à partir de ses appels d’offres. Il s’agit d’un épargnant au bénéfice d’une fortune (hors immobilier) de plus de 2 millions de francs à la recherche d’un mandat discrétionnaire.

Encore quelques niches intéressantes

Tous les gérants sont d’accord sur deux points. La croissance économique restera positive et les taux d’intérêt se tendront très progressivement. Tous pensent aussi que l’environnement demeure favorable aux actions. Mais la prudence est perceptible, selon Patrick Müller. Les recommandations d’actions se concentrent sur des niches particulières, par exemple les banques européennes, les matières premières, la couronne suédoise et les métaux précieux. L’idée consiste à chercher les actifs qui ne sont pas encore surévalués. Mais il n’y a plus de recommandation généralisée sur les actions.

Quant aux placements alternatifs, «ce ne sont pas une source de valeur pour les gérants les plus performants», constate Patrick Müller. Lors de la présentation, certains gérants expriment leur désaccord avec cette affirmation. Quelques-uns soulignent les avantages des alternatifs en termes de diversification. D’autres font la différence entre les hedge funds et d’autres types de placements, par exemple des produits de dette ou du capital-investissement. Mais Patrick Müller explique que si l’on ajoute au rendement net des alternatifs les commissions de gestion particulièrement lourdes, on s’aperçoit que la relation entre risque et rendement leur est défavorable par rapport aux actions.

Dans les obligations, les titres souverains, qui trouvaient encore leur place en début d’année, sont remplacés par la dette émergente ou par d’autres solutions. «Nous n’avons pas d’obligations d’Etat dans nos dépôts, ni de dette émergente en raison du risque monétaire. Par contre nous investissons le cas en obligations d’entreprises internationales à court terme», explique Andreas Liberato, responsable du private banking auprès de Privatbank Bellerive, à Zurich.

Les clients guère persuadés par l’offre «advisory»

Actuellement, les banques multiplient les efforts pour que leurs clients souscrivent à un mandat de conseil («advisory»). Mais ces derniers n’en sont guère persuadés (24%), selon le sondage de Zwei Wealth. L’investisseur préfère déléguer l’ensemble de sa gestion à un spécialiste. C’est le cas pour 72%. On constate par ailleurs que le thème du développement durable ne rencontre pratiquement aucun écho auprès des épargnants (7%).

Lors d’une réunion entre gérants, à Zurich, il est frappant de constater qu’aucun ne s’avance à émettre des prévisions pour la fin de l’année. «Lorsqu’un expert est face à un journaliste, il se doit de donner une prévision sous peine d’apparaître incompétent, mais est-ce relevant?» demande Patrick Müller. Le client est davantage intéressé à la meilleure composition de son portefeuille en fonction de son budget de risque.

Sous cet angle, Andreas Liberato, auprès de Privatbank Bellerive, se concentre sur une sélection de 50 à 60 actions «value» conservées sur une longue durée. Michael Frei, associé auprès d’OLZ & Partners, se concentre sur une volatilité limitée, tant dans les actions que les obligations, afin d’obtenir une bonne performance de gestion. Ce dernier constate que les rendements des obligations souveraines sont effectivement extrêmement bas, mais il existe tout de même un intérêt à investir en obligations compte tenu de la diversification obtenue entre les pays.

Acheter à la moindre baisse?

En réalité, les marchés sont bien orientés depuis l’élection de Donald Trump. Si l’attente de mesures de soutien à la conjoncture et les programmes d’infrastructures ne se matérialisent pas, la croissance mondiale profite d’un synchronisme rare. «La crainte de déflation a disparu ces derniers trimestres, constate Patrick Müller. Les résultats des entreprises dépassent les attentes depuis plusieurs trimestres. Et les banques centrales demeurent très accommodantes. «Depuis l’été 2016, la volatilité est très basse, ce qui souligne à quel point les investisseurs se sentent en sécurité», explique Michael Frei. D’ailleurs à chaque correction d’environ 5%, les investisseurs institutionnels se précipitent pour accroître leurs positions.

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