«Septembre a été le plus mauvais mois pour la gestion alternative depuis la faillite du fonds LTCM», relève Fabrice Cuchet, responsable de la gestion alternative chez Dexia Asset Management, rencontré mardi à Genève. Mesurée selon les indices HFRX, la performance des hedge funds a chuté de 6,9% le mois dernier, la pire contre-performance de leur histoire.

Les stratégies qui ont le plus souffert sont l'arbitrage de convertibles (-16,6%), les stratégies actions long/short (-8,6%) et les stratégies d'arbitrage (-9,4%). «Mais d'autres stratégies ne s'en sortent pas trop mal. Ce sont celles qui sont peu corrélées au marché, comme le global macro, les stratégies neutres au marché, ou les fonds de futures», ajoute l'expert. De plus, selon ce dernier, la volatilité actuelle permet de rentabiliser des stratégies sans recourir fortement au levier.

Réduction des leviers

Pour retrouver une performance «presque» aussi mauvaise que septembre, il faut remonter à avril 2000. Et encore, la baisse s'était limitée à 3,9%. Depuis le début de l'année, les pertes de la gestion alternative sont de 11,6%, selon les indices HFRX. Avec un recul de 10,7% sur le seul troisième trimestre, celui-ci est «décevant, plus douloureux que nous ne l'attendions», explique Fabrice Cuchet.

Selon celui-ci, il faut tenir compte du fait que la performance de septembre s'inscrit dans un contexte de crise historique des marchés financiers, qui ne touche pas que les fonds alternatifs: sur neuf mois, l'indice des actions américaines S&P 500 a chuté de 21%. La gestion alternative est pénalisée par la réduction massive des leviers financiers, qui a sa source dans le blocage du marché interbancaire.

Des investisseurs sont forcés de vendre à n'importe quel prix pour obtenir des liquidités. Et lorsque les ventes ne sont pas déclenchées par les exigences des courtiers d'augmenter les liquidités déposées en garantie, ce sont les retraits d'argent des investisseurs des hedge funds ou des fonds de hedge funds qui les déclenchent.

Faillite de Lehman

A cela s'ajoutent d'autres facteurs, comme des interdictions de ventes à découvert sur les titres financiers et la chute des prix des matières premières et de l'énergie. Les deux ne sont d'ailleurs pas sans lien, observe Fabrice Cuchet. Le rachat de titres financiers pour boucler les positions à découvert a été accompagné par la vente de positions sur l'énergie et les matières premières, ce qui a renforcé la baisse de ces dernières initiée par le ralentissement économique.

La faillite de Lehman Brothers, qui agissait comme prime broker (courtier offrant tous les services liés à l'exécution des transactions) pour de nombreux hedge funds a aussi mis plusieurs gérants en difficulté. Une partie de leurs actifs a été prise dans la masse en faillite, handicapant leur activité. Cependant, mis à part quelques cas marquants, comme le fonds activiste britannique Olivant qui n'arrive plus à mettre la main sur ses actions UBS (2,8% du groupe), le nombre de gérants ayant une part importante de leurs avoirs bloqués est restreint, selon plusieurs observateurs.

«Une grande majorité des hedge funds avait senti le vent venir et ouvert des comptes auprès d'autres prime brokers, comme Morgan Stanley, JPMorgan, BNP ou Credit Suisse. Les transferts de cash avaient débuté», relève José Galeano, responsable de la stratégie d'investissement chez 3A, la filiale spécialisée de la banque Syz.

2008 s'annonce comme une année noire pour la gestion alternative. «Mais celle-ci sera jugée sur sa capacité à réorienter rapidement ses portefeuilles et à réduire le risque de ces derniers», estime Fabrice Cuchet, pour qui les hedge funds continueront à répondre au besoin de diversification des investisseurs.