En se détournant du bitcoin à cause de la consommation d’énergie «folle» qu’il nécessite, Elon Musk a relancé mi-mai le débat sur l’empreinte écologique des cryptomonnaies. Une seule transaction engloutit plus de 1300 kWh, l’équivalent de la consommation d’un ménage américain pendant 45 jours, selon le site Digiconomist. Sur un an, le réseau qui soutient le bitcoin consomme environ 120 térawatt-heure, soit dix fois plus que Google et pratiquement autant que la Norvège. Et la majorité de cette énergie est d’origine fossile, souvent issue de centrales électriques chinoises alimentées au charbon. Deux pistes se distinguent pour améliorer l’empreinte carbone des cryptomonnaies.

Première option: privilégier les énergies renouvelables pour le minage d’une cryptomonnaie. «Le problème de la surconsommation d’énergie liée au bitcoin va devenir de plus en plus aigu, car le réseau va devenir plus complexe, les calculs à effectuer également et le nombre de mineurs va augmenter, ce qui va se traduire par une hausse de la consommation d’énergie», observe Stéphane Muller, de Lian Group, une société genevoise qui a investi dans une ferme de minage utilisant de l’électricité d’origine hydraulique en Norvège.

Certificat d’origine propre

Le coût de l’énergie demeure la variable clé pour le minage de cryptomonnaie, ce qui pousse les mineurs à adopter du courant vert s’il est moins cher, poursuit Stéphane Muller. Cette tendance se retrouve également lorsque des mineurs se regroupent dans des «pools», afin de mutualiser leur puissance de calcul et d’augmenter ainsi leurs chances de résoudre les calculs complexes nécessaires pour la validation des transactions: «De plus en plus de pools visent à utiliser davantage d’énergie renouvelable.»

Un bitcoin produit avec ce type d’électricité pourrait être considéré comme propre, ou durable. A condition que les sources d’énergie utilisées soient certifiées par un organisme indépendant, relève Jean-Marc Seigneur, responsable du CAS Blockchain de l’Université de Genève: «C’est ce que propose notamment l’Energy Web Foundation, basée à Zoug. La structure, qui regroupe de grands acteurs internationaux du marché de l’énergie, veut valoriser les projets cryptos plus respectueux de l’environnement.»

Désigner un validateur

Deuxième possibilité pour alléger l’empreinte carbone des cryptomonnaies: favoriser celles dont le fonctionnement est moins énergivore que celui du bitcoin. Tout dépend du mécanisme de validation des transactions, poursuit Jean-Marc Seigneur: «Au lieu d’attribuer une récompense au mineur qui aura résolu de complexes calculs informatiques, certaines cryptomonnaies désignent un validateur parmi leurs utilisateurs. Sa mission consiste essentiellement à vérifier que les transactions à valider ont été signées correctement; le validateur reçoit de la crypto en récompense mais il ne doit résoudre aucun problème complexe.» L’opération ne consomme quasiment pas d’énergie, précise le spécialiste de l’Université de Genève, par ailleurs actif dans la finance décentralisée responsable.

Cette méthode, dite de «proof of stake» par opposition au «proof of work» utilisé par le bitcoin, a été retenue par le cardano ou le tezos notamment. L’ether, la deuxième plus importante crypto au monde, est en passe de l’adopter. Or ce fonctionnement n’est pas pour autant idéal: «Les validateurs ne sont pas choisis au hasard, mais en fonction de la quantité de cryptomonnaie qu’ils détiennent. Cela signifie que ceux qui sont arrivés en premier dans un projet et possèdent beaucoup de cryptos sont avantagés; cela limite la décentralisation.» Selon l’Université de Cambridge, la consommation d’énergie du bitcoin a peu de chances de reculer à moins que sa valeur ne chute, car il deviendrait moins rentable d’en miner. Un bitcoin vaut actuellement environ 37 000 dollars.