Dans l’affaire des pizzas Buitoni contaminées par la bactérie Escherichia coli, Nestlé France assure ne pas l’avoir détectée malgré ses contrôles et avoir réagi dès l’alerte donnée par les autorités. Un avocat français réclame 250 millions d’euros de réparations au nom des 55 victimes. «A notre connaissance, nous n’avons pas reçu d’assignation», a déclaré Nestlé France mercredi à AWP. L’avocat français Pierre Debuisson avait assuré mardi auprès de l’agence avoir assigné la filiale hexagonale du géant de Vevey pour «fautes lourdes et répétées», en raison notamment de «l’état hautement dégradé de l’hygiène» du site de Caudry, dans le nord de la France, où ont été produites les pizzas Fraich’Up de la marque Buitoni contaminées.

Celui qui représente 55 victimes et 48 familles réclame 250 millions d’euros (241 millions de francs) de dommages et intérêts, «à la hauteur du préjudice subi, avec deux enfants (âgés de deux ans et demi et huit ans) morts, une autre en état neurovégétatif» et les dizaines de «vies anéanties». La procédure a été ouverte à Nanterre, dans le même département où se situe le siège français du géant veveysan de l’alimentaire, a précisé l’avocat qui «se réserve le droit d’assigner le siège mondial de Nestlé» en justice.

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Maître Debuisson reproche à la multinationale d’avoir «continué à vendre des pizzas malgré des suspicions d’épidémie d’Escherichia coli dès janvier. Ce sont les autorités qui ont imposé un retrait des ventes en mars, sinon Nestlé aurait continué, au mépris total de la vie humaine. C’est la course à la rentabilité au mépris de la sécurité alimentaire des Français», a-t-il asséné, parlant du «plus gros scandale alimentaire européen» de ces dernières années.

Des contrôles par milliers

Nestlé France, de son côté, répond que «dès que nous avons été alertés le 17 mars dernier par les autorités d’un lien possible avec l’un de nos produits, nous avons immédiatement pris la décision de retirer la totalité des pizzas Fraîch’Up en vente, interrompu toute livraison et suspendu sa production». Le rappel des produits de cette gamme a débuté le 18 mars.

L’entreprise ajoute que «l’hypothèse la plus probable serait celle d’une contamination à la bactérie E. coli STEC de la farine, issue de la dernière récolte de blé, que nous n’avons pas détectée», en dépit de «plus de 10 000 contrôles» en moyenne chaque semaine, «tout au long de la fabrication de nos pizzas, depuis la réception de la matière jusqu’aux derniers tests avant expédition».

L’entreprise précise que «les analyses effectuées sur l’ensemble des chaînes de production et leur environnement n’ont décelé aucune présence de la bactérie». Nestlé «s’engage à mettre en place les mesures nécessaires pour que pareille situation ne puisse se reproduire» et «renouvelle sa profonde compassion aux victimes et à leurs familles touchées par ce drame».

«Nombreux dysfonctionnements» de l'enquête

Il s’agit d’un nouveau volet judiciaire qui s’ouvre, au civil cette fois. L’avocat dénonce les «nombreux dysfonctionnements» dans l’enquête pénale ouverte à Paris, pointant «le retard colossal des perquisitions». «Cela fait plus de quatre mois qu’une juge d’instruction a été désignée et il n’y a toujours pas de dirigeant de Nestlé mis en examen. Les familles n’ont toujours pas été reçues». Pierre Debuisson l’explique par «un problème de compétence du procureur et de la juge, ou un problème d’influence très forte de Nestlé». Le groupe a assuré auprès d’AWP «ne pas avoir accès au dossier et ne pas avoir reçu d’assignation» dans le cadre de la procédure.

Le 12 mai dernier, une information judiciaire a été ouverte pour blessures ou homicide involontaire à l’égard de 31 personnes, tromperie sur une marchandise entraînant un danger pour la santé de l’homme, exposition ou vente de produits alimentaires servant à l’alimentation falsifiés ou corrompus et nuisible à la santé, mise sur le marché d’un produit dangereux pour la santé et mise en danger d’autrui.

De son côté, Nestlé a annoncé la semaine dernière viser le redémarrage en novembre, sous réserve du feu vert des autorités, d’une des deux lignes de production de son usine de Caudry. Cette ligne restera suspendue «jusqu’à nouvel ordre», ce qui se traduira par des suppressions de postes. Cet été, le patron de Nestlé France, Christophe Cornu, a présenté ses «excuses» aux familles des enfants touchés par les contaminations et annoncé la création d’un «fonds de soutien aux victimes».

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