La Fondation Genève Place Financière (FGPF) a tenu sa conférence annuelle ce mardi. L’occasion pour son président, Yves Mirabaud, de livrer le pouls d’un secteur qui a fait face, en particulier ces deux dernières années, à une chute de ses fonds sous gestion et de sa rentabilité.

Bilan de l’enquête conjoncturelle 2017/2018: le contexte des affaires semble s’être adouci pour les banquiers du canton. Au moins au premier trimestre de cette année. Une embellie passagère? La finance du bout du Léman se dit en tous les cas optimiste pour 2018. Toutefois, «si la branche est sortie du monde des ténèbres, elle n’est pas pour autant entrée dans celui des «Bisounours», nuance Edouard Cuendet, directeur de la FGPF.

Un fossé semble se creuser

Représentant 35 582 salariés, le biotope financier genevois a pourtant perdu 1744 emplois depuis 2015, dont 514 postes dans les banques (qui comptent 18 341 collaborateurs). Le secteur, qui représente 12% du produit intérieur brut cantonal – contre 20% il y a une décennie –, ne génère plus qu’environ 28% de l’impôt sur le bénéfice et le capital des personnes morales à Genève. Un taux qui a chuté d’environ 12 points de pourcentage ces dernières années.

Cela n’a pas empêché la Cité de Calvin de réintégrer le mois dernier le top 15 des places financières mondiales. «Le règlement du passé n’occupe plus le devant de la scène. Les établissements développent clairement des stratégies d’avenir», résume Yves Mirabaud.

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La fondation évoque l’attention particulière qu’elle a portée aux travaux parlementaires concernant la mise en œuvre de l’initiative du 9 février 2014 «Contre l’immigration de masse». Elle en profite aussi pour rappeler «l’indispensable réforme de l’imposition des entreprises», rebaptisée Projet fiscal 2017, sur laquelle le peuple suisse sera appelé à voter. Sans oublier l’éternelle question de l’accès au marché européen, jugé d’importance stratégique prioritaire.

Une mutation accélérée

L’enquête dévoilée mardi montre aussi que près de la moitié des grandes banques genevoises – celles d’au moins 200 employés – indiquent avoir vu leur bénéfice net s’améliorer de 15% ou davantage au premier semestre 2017. Un pourcentage qui oscille entre 3 et 7% pour les banques de taille moyenne (dès 50 employés). Les plus petits établissements, ainsi que les gestionnaires indépendants, affichent quant à eux une stabilité, voire moins de profits qu’au premier semestre de l’an passé.

Serait-ce le signe d’une place financière à deux vitesses? Avec, d’un côté, les grandes banques qui parviennent à investir pour accéder à la clientèle offshore. Et, de l’autre, les petits établissements et autres gérants indépendants qui peinent davantage à s’en sortir, la récente hausse des actifs sous gestion n’étant pas équitablement répartie.

«Le défi pour les acteurs de taille réduite est en effet plus important, reconnaît Yves Mirabaud. L’une des approches d’avenir consiste à négocier des accords bilatéraux, à l’instar de celui signé en 2013 avec l’Allemagne.» Seul hic: la volonté politique d’autres Etats européens fait pour l’heure défaut, notamment en raison des inquiétudes liées au respect de la libre circulation des personnes.

Renforcer les fondamentaux

Comment la place financière genevoise perçoit-elle les tentatives de faire de Genève une nouvelle plaque tournante pour les cryptomonnaies? «Il ne faudrait pas que l’arbre des devises virtuelles vienne cacher les technologies de «blockchain» [chaînes de blocs]», prévient Edouard Cuendet.

Et Yves Mirabaud de souligner: «La Suisse n’a pas attendu l’invention du terme fintech, actuellement très à la mode, pour mettre en place des solutions numériques.» Selon le président de la FGPF, la fintech ne doit pas être une fin en soi, mais servir à consolider les fondamentaux de la place. Dans ce contexte, les modèles numériques à Genève seraient légion. «Il en existe autant qu’il y a de profils de banques», relève-t-il, avant de citer comme autres sources d’innovation la finance durable et la philanthropie.

Campagne auprès des «digital natives»

Le paysage bancaire a considérablement changé au bout du Léman. Davantage «au cours de cette dernière décennie que durant le siècle précédent», précise Yves Mirabaud, faisant référence à l’abandon du secret bancaire, à l’érosion des marges, à une réglementation plus contraignante et à la transition accélérée vers le numérique. Signe que les temps s’annoncent ardus: les difficultés pour les établissements financiers de trouver des apprentis.

«Nous observons un relâchement de l’intérêt pour nos métiers à la suite de la crise de 2008, indique Pascal Besnard, membre du Conseil de la FGPF, lui-même issu de la filière CFC. Depuis l’an passé, nous visitons les écoles du canton pour sensibiliser les élèves et les motiver à rejoindre notre industrie.»

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