L’invité

La place financière suisse souffre d’une perte de compétitivité alarmante

Après le déclin présenté par le rapport du GFCI 20, comment rebondir? Notre place financière, avec sa concentration de capitaux, offre toutes les garanties pour créer un axe «Fintech» Genève-Zurich

Lors de précédents articles dans ces mêmes colonnes*, j’évoquais l’impact négatif sur la place financière suisse qu’auraient la fin du secret bancaire et la hausse des coûts de réglementation. Avec une perte de compétitivité instantanée.

La lecture des 56 pages du dernier rapport du GFCI 20 (Global Financial Centres Index 20, septembre 2016) m’a malheureusement donné raison. Sur les 87 centres financiers listés par le rapport, Genève chute au 23e rang en perdant 8 places. Catastrophique. Zurich s’en sort un peu mieux en ne perdant que 3 places pour se placer au 9e rang. Les critères pris en compte sont l’environnement économique, le développement du secteur financier, les infrastructures, le capital humain et le risque réputationel.

Le Delaware, c’est la Suisse il y a 30 ans

Je me suis aussi exprimé à ce sujet, le principal fossoyeur du secret bancaire helvétique sont les Etats-Unis. Ce qui se pratique au Delaware se pratiquait en Suisse il y a trente ans. En 2016, selon le GFCI 20, tous les principaux centres financiers américains ont progressé. Sans exception. San Francisco, Boston, Chicago, Washington, Los Angeles. New-York s’est stabilisée au deuxième rang mondial derrière Londres. Toutes des places financières disposant de régulations bien plus souples qu’en Suisse. Qui n’a même pas défendu son principal avantage concurrentiel: feu son secret bancaire.

Deuxième grand gagnant du GFCI 20, les centres financiers offshore mondiaux. Jersey, Guernesey, l’Ile de Man, les Iles Cayman, les Bermudes, les BVI. Tous en hausse dans le classement. Grâce à la Suisse. Même le Panama, avec 9 places de gagnées malgré les Panama Papers. Un comble.

Le tableau pour la place financière helvétique s’est donc considérablement obscurci. Dépassée par ses concurrents traditionnels, elle se doit de vite réagir pour stopper cette chute dramatique.

Simplifier l’arsenal réglementaire

Tout d’abord, il devient urgent de simplifier cet invraisemblable arsenal régulatoire. Meilleure élève, la Suisse en a beaucoup trop fait par rapport à ses concurrents. Elle est désormais la place financière la plus transparente au monde. C’est très bien. Mais commercialement, ça l’est nettement moins: les clients partent aux Etats-Unis ou dans les centres offshores traditionnels. La Suisse doit aussi exiger que toute nouvelle régulation demandée le soit aussi pour les principales financières au monde. Y compris les Etats-Unis. L’échange automatique d’information est un nouvel échec à ce niveau: les Etats-Unis ont refusé d’y adhérer. Rien d’étonnant.

La Suisse doit aussi intensifier ses efforts pour que ses banques obtiennent le libre-accès au marché européen. Trop faible dans la défense de sa place financière, le Conseil fédéral porte une lourde responsabilité dans ce désastre actuel. A force de vouloir contenter l’OCDE et l’Union Européenne, il a oublié que sa seule priorité était la sauvegarde de la place financière suisse. Et rien d’autre. Je lui reproche aussi de peu s’impliquer dans sa promotion. Pour preuve, cet été, l’impressionnant lobbying du Luxembourg après le Brexit. Une opération marketing réussie avec l’envoi de délégations officielles à Londres. Objectif? Attirer le maximum d’entreprises qui pourraient vouloir quitter Londres devant l’incertitude post-Brexit. Du côté des instances officielles suisses? Rien, à part de timides déclarations du Conseil fédéral. Décourageant.

Retard dans la fintech

La chute brutale de la place financière helvétique est aussi due à son manque de dynamisme. En particulier, son retard dans le domaine des fintech. Le cas de San Francisco est révélateur: toute son activité financière est maintenant tournée vers l’activité des fintech.

En Europe, le bond spectaculaire du Liechtenstein est remarquable: ses efforts continus vers les fintech lui ont permis de gagner 20 rangs en 2016. Force est de constater qu’en Suisse les fintech en sont encore à leur balbutiement en comparaison internationale. On leur préfère une gestion traditionnelle, mais dont les coûts vont être de plus en plus difficiles à assumer. Ce modèle ne reste valable que pour la clientèle des hautes fortunes (UHNWI) où les marges sont encore très intéressantes. Et qui restera à jamais l’ADN de la gestion de fortune suisse. La numérisation croissante de la finance permet de gagner en rentabilité dans des activités où nous perdons de l’argent. Le segment du grand public (Retail Banking), par exemple. Déléguer ces activités à des conseillers-robots n’est plus un choix mais une nécessité.

Mais c’est aussi une formidable possibilité qui nous est offerte: notre place financière, avec sa concentration de capitaux, offre toutes les garanties pour créer un axe «fintech» Genève-Zurich. Un axe autour duquel graviterait une nouvelle finance. Suivant en cela le modèle de San Francisco. La fintech deviendrait alors notre banque de demain. Et nous pourrons alors, je l’espère, remonter dans le classement des meilleures places financières et viser la seule place qui nous correspond: la première.

*Le Temps, 09.2015


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