«Il y a un sentiment de panique chez les clients, constate un autre gestionnaire privé, les sourcils froncés, un œil rivé sur son écran: l'un d'eux m'a demandé de retirer son argent pour le placer en francs suisses dans un coffre.»

La pression est énorme. «Les clients font le tri et n'hésitent pas à changer de banque s'ils ne sont pas satisfaits en matière de conseil. Un gérant responsable de 400 comptes ne peut tout simplement pas répondre aux sollicitations de ses clients en période de crise», explique un gérant qui se dit responsable de 150 noms. En écho, un client déplore: «Pour avoir un gérant au téléphone, c'est la croix et la bannière!»

Médias: effet amplificateur

«C'est important de pouvoir se raccrocher à ses valeurs propres et d'être solidement ancré sur terre dans ces moments, dit un gérant indépendant. Il y a tellement de pollution, de gens qui vous appellent, de clients qui perdent la tête, surpris par la violence et la soudaineté, car ils réalisent ce que nous avons réalisé depuis un moment: que l'heure est grave. On a beau les rassurer, quand ils lisent les titres des journaux, ça redémarre.» Ce constat revient: «Il y a un effet d'amplification par les grands médias. Depuis que la crise financière est en tête des nouvelles, les gens paniquent», témoigne un autre, salarié par une grande banque privée.

Un avocat renommé de la place témoigne: «Nous recevons des appels pour des conseils parfois absurdes. Des gens pensent par exemple à la délocalisation vers la Suisse pour être dans un endroit physiquement plus sûr. Ils nous demandent aussi de les conseiller sur des placements sûrs, alors que ce n'est pas notre métier, tant ils ont besoin de conseils neutres et indépendants.»

Ce stress, les professionnels de la finance l'expriment de plus en plus en dehors de leur cadre de travail. Responsable de salle chez Roberto, restaurant du quartier de Rive où banquiers et avocats ont coutume de déjeuner, Marietta Campa Carugati est une fine observatrice des comportements de ses clients: «L'atmosphère est plus fébrile. Les gens sont très préoccupés. Certains banquiers ont parfois l'air morose. Mais l'atmosphère n'est pas triste, contrairement à la crise du début de la décennie, lorsque la place avait été affectée par de nombreux licenciements. Des convives conservent même leur sens de l'humour, prétendant qu'ils viennent faire chez nous un dernier bon gueuleton.»