L’économie mondiale, le changement climatique, la sécurité alimentaire et la lutte contre la pauvreté, sans oublier des sujets politiques (prolifération nucléaire, Iran, Corée du Nord) sont à l’ordre du jour ces mercredi et jeudi au sommet annuel des huit plus grandes puissances du monde (G8) – Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie – à L’Aquila, petite ville au centre de l’Italie. Lors d’une séance spéciale, les huit grands s’entretiendront avec leurs homologues de cinq pays émergents (Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique) sur la gouvernance mondiale. Le temps d’un petit déjeuner, ils accueilleront quelques dirigeants africains pour parler de lutte contre la pauvreté. Ban Ki-moon, secrétaire général de l’ONU, a déclaré mardi que «le temps des belles paroles et des demi-mesures est terminé» et a réclamé de l’audace et de l’action pour faire face aux nombreux défis mondiaux. Au programme du G8:

Crise, relance et «normes internationales»

Des analystes suggèrent que le pire est derrière, qu’un retour de confiance se dessine et que la reprise sera au rendez-vous en 2010. Ce n’est toutefois pas le moment de baisser la garde. Des réformes en profondeur du système financier et économique ainsi que de nouvelles régulations sont indispensables pour éviter de nouvelles crises. Le G8 se prononcera sur les nouvelles «normes internationales» qui garantissent l’intégrité et la transparence dans la finance et les entreprises. Douze recommandations ont été préparées par l’OCDE.

Le G8 se penchera sur une redistribution de quotes-parts au Fonds monétaire internationale et à la Banque mondiale afin d’assurer un meilleur équilibre entre pays industrialisés et pays émergents au sein de leur comité directeur. Mais, selon le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, l’Europe, qui détient six sièges sur 24, n’est pas encore disposée à se contenter d’une représentation unique.

Cycle de Doha

Tel un marronnier, ce sujet apparaît sur l’agenda depuis bientôt dix ans. L’hôte du G8 souhaite donner une nouvelle impulsion aux négociations lancées en 2001 et bloquées depuis juillet dernier. Les échanges internationaux devraient chuter de 10% en 2009 à cause de la récession. Selon Pascal Lamy, directeur de l’OMC et qui sera présent à L’Aquila, un accord de Doha créerait la confiance dans l’économie mondiale. Il estime qu’un accord est faisable en 2010.

Dimension sociale de la mondialisation

C’est sous l’impulsion de Juan Somavia, directeur de l’Organisation internationale du travail, que le G8 voudrait inclure le côté humain de la mondialisation au programme. L’organisation en a fait son cheval de bataille, faisant remarquer que la crise devrait détruire jusqu’à 50 millions d’emplois en 2009.

Sécurité alimentaire

Selon l’Organisation mondiale pour l’alimentation, un milliard de personnes souffrent de la faim ou de malnutrition dans le monde. En 2008, la crise alimentaire et la flambée des prix ont marqué les esprits. Depuis, plusieurs résolutions ont été prises pour augmenter la production de vivres, notamment en Afrique. Mais sur les 22 milliards de dollars promis il y a un an, seuls 2,5 milliards ont été débloqués. Selon le Financial Times de lundi, le G8 débloquerait 12 milliards de dollars qui seraient investis dans la production agricole dans les pays pauvres.

Pauvreté et Afrique

Chaque année, le G8 invite à sa table une poignée de pays africains pour parler de la lutte contre la pauvreté. Au Sommet de Gleneagles (Ecosse) en 2005, il s’était engagé à doubler le montant de l’aide au développement à 50 milliards de dollars d’ici à 2015. Cette date est aussi l’échéance pour atteindre les Objectifs du Millénaire fixés par l’ONU, c’est-à-dire de réduire la pauvreté par deux. A ce propos, Kofi Annan, l’ancien secrétaire général de l’ONU, s’en est pris mardi à Silvio Berlusconi et a déploré son échec à respecter ses engagements.

Santé

Le pays hôte du G8 tient à rappeler que le Fonds global contre le sida a été créé par le Sommet de Gênes en 2001. Pour l’Italie donc, la santé reste une préoccupation majeure. Elle appelle à poursuivre des actions pour consolider les structures sanitaires afin de réduire notamment la mortalité infantile dans le monde.

Changement climatique

De grandes décisions sont attendues plutôt à la fin de l’année lors du rendez-vous crucial de Copenhague, qui veut reconduire le Protocole de Kyoto portant sur les émissions de gaz à effet de serre. Mais le G8, responsable de 40% des émissions, entend déjà donner le ton.

Le président français Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique Gordon Brown ont déclaré lundi qu’ils ne se contenteraient pas d’objectifs vagues et à très long terme et que tous les pays devraient prendre des actions d’urgence. Ils s’adressent plus particulièrement à la Chine et à l’Inde qui, pour leur part, demandent que les grands pollueurs historiques assument leurs responsabilités. Le changement climatique sera sans doute le sujet le plus controversé à L’Aquila.