Finance durable

Le placement social et environnemental est-il optimal?

Une gestion optimale des portefeuilles doit se baser sur une approche multifactorielle à la fois «top-down» et «bottom-up»

Confrontée à des déséquilibres qui n’ont jamais été aussi importants, la recherche d’une économie bénéficiant d’une allocation optimale des facteurs de production apparaît aujourd’hui bien illusoire. Création monétaire excessive, surendettement public, sous-utilisation des capacités de production, concurrence imparfaite sont tous devenus aujourd’hui parfaitement usuels. Face aux vicissitudes sociales induites par des niveaux de chômage insupportables, et suite à la détérioration de l’environnement engendrée par une exploitation désordonnée des ressources naturelles, les Etats, les consommateurs et les entrepreneurs ont pris conscience que le développement économique ne peut être désormais que durable.

L’économie mondiale, après avoir été bouleversée par l’invention de l’agriculture, par la révolution industrielle et, plus récemment, par l’essor de la technologie de l’information, subira une transformation profonde au XXIe siècle, avec l’avènement de l’éthologie de la durabilité.

Face à ces bouleversements, le rôle de l’Etat va être amené à changer radicalement. Après avoir été chargés de développer des services publics, les gouvernements, contraints par la réduction des déficits budgétaires, vont devoir externaliser l’exécution de la majorité de leurs prestations pour se concentrer sur leur fonction de régulateurs, telle que la taxation des externalités.

Le comportement des consommateurs, quant à lui, sera influencé par la recherche d’un bien-être plus immatériel, passant notamment par une santé dépendante de l’environnement. L’origine des aliments, les procédés de fabrication et l’incidence sur les équilibres écologiques et sociaux prendront alors un poids décisif dans le choix des produits. Les entreprises seront soumises à des réglementations plus strictes, mais aussi et surtout aux nouvelles exigences de leur clientèle. Elles devront intégrer de façon accrue les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans leur gestion, afin de rester compétitives et de conserver leur niveau de profitabilité.

Face à ce constat, une première question se pose: l’optimum financier va-t-il évoluer pour s’adapter à cette nouvelle révolution économique et sociale? Des études empiriques démontrent qu’un déploiement efficient du capital ne peut se faire sans une utilisation optimale des ressources financières, humaines et naturelles, en prenant en considération les enjeux non seulement économiques, mais aussi environnementaux, sociaux et de gouvernance. Sous l’effet de l’exigence de durabilité par l’ensemble des parties prenantes, optimum économique et financier se rejoindront inexorablement.

Une deuxième question se pose aujourd’hui pour les épargnants: les investissements durables et responsables sont-ils un simple transfert de richesse ou une véritable création de valeur?

Les placements durables et responsables bénéficient de trois sources de performance complémentaires: une compétence accrue dans l’analyse des variables extra-financières, l’intégration des critères ESG, facteurs fortement sous-estimés par le marché et l’exercice des droits de vote favorable à une amélioration de la valorisation boursière des entreprises.

Cependant, les investissements durables et responsables ont, au cours des dernières années, réalisé des performances décevantes. Leur sous-performance a résulté de surpondérations sectorielles malencontreuses ou d’une utilisation abusive de filtres qualitatifs conduisant à la sélection d’actions trop onéreuses.

L’assimilation des critères ESG n’est donc pas qu’un simple transfert de richesse, mais permet une véritable création de valeur, à la condition toutefois qu’elle ne repose pas sur un processus d’exclusion, mais sur une intégration s’appliquant à l’ensemble des classes d’actifs.

Une troisième question se pose alors pour l’investisseur: l’intégration des critères ESG est-elle suffisante pour obtenir une gestion optimale?

Pour répondre à cette question, un bref retour aux fondements de la théorie moderne du portefeuille s’impose. Le cours d’une action ou d’une obligation est fonction à la fois de facteurs systématiques et spécifiques. Or, l’utilisation des critères ESG concerne essentiellement la sélection des titres, les variables idiosyncratiques, à savoir l’alpha. Le bêta, regroupant les facteurs systématiques, n’est que faiblement pris en compte. Ainsi, l’unique intégration des critères ESG n’est pas suffisante. Une gestion optimale des portefeuilles doit se baser sur une approche multifactorielle se fondant à la fois sur un processus «top-down» pour la gestion dynamique des risques de marché et «bottom-up» pour le choix des débiteurs et des actions.

L’intégration des critères ESG n’est pas non plus sans conséquence pour les gestionnaires de fortune. Elle représente trois défis majeurs: l’accès à un savoir-faire de pointe, une augmentation des coûts de la recherche et le renforcement de l’exercice des droits de vote. Pour faire face à ces nouvelles exigences, les sociétés de gestion devront développer des nouveaux modèles d’affaires fondés sur le partage des compétences et des revenus à travers la création de partenariats novateurs.

En guise de conclusion, une gestion de portefeuille ne peut plus être optimale sans être durable et responsable.

* Associé gérant de 1875 Institutionnel

Leur sous-performance a résulté de surpondérations sectorielles malencontreuses

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