Le marché du private equity est en plein boom. L'indice mondial LPX 50 a gagné 40% en un an. L'argent afflue: ces fonds spécialisés dans le financement d'entreprises ont levé 60 milliards d'euros en 2005, selon EVCA. Les fonds qui investissent dans le rachat d'entreprises (buyout) sont en hausse de 155% en 2005. Ces fonds rachètent à tour de bras des entreprises traditionnelles qu'ils estiment sous-évaluées, améliorent leurs structures, notamment en faisant davantage appel à l'endettement, et les revendent. Aujourd'hui, en Europe, ils disposent de 184 milliards d'euros de pouvoir d'achat, selon une étude de Citigroup. Un chiffre qui donne le vertige. Il correspond à 6,6% de la valeur des entreprises cotées en Europe.

Ce succès se nourrit des rendements élevés. Mais attention à l'euphorie! Hans Van Swaay, responsable du private equity pour Pictet & Cie, observe une augmentation de la part du private equity dans les portefeuilles institutionnels, à 7,5% aux Etats-Unis et 4% en Europe. Mais les rendements vont faiblir à l'avenir. La réduction de la performance viendra de l'arrivée de nouveaux acteurs, explique Hans Van Swaay. D'ailleurs, contrairement aux fonds en actions, la performance historique des fonds de private equity est un bon indicateur de la performance future. Les meilleurs gérants, Permira ou Blackstone, resteront les meilleurs. Pourtant le nombre d'acheteurs potentiels se multiplie. Outre l'arrivée de nouveaux fonds en private equity, les hedge funds et les entreprises elles-mêmes sont à la chasse aux bonnes occasions, selon Citigroup. Mais avec la hausse des cours, qui reste bon marché?

On distingue deux types d'investissement: les fonds qui investissent dans les entreprises et les fonds qui sélectionnent les fonds de private equity (fonds de fonds). La première catégorie s'adresse aux institutionnels. En Suisse, l'investissement dans les sociétés suisses non cotées n'est pas aisé, même s'il existe nombre de projets prometteurs. Le professionnel est pénalisé par la décision du Tribunal fédéral de l'été 2004. Le traitement fiscal d'un buyout est particulièrement pénalisant en Suisse. Si un investisseur finance une acquisition à crédit et emploie les bénéfices futurs pour payer son crédit, l'opération sera considérée comme une liquidation partielle, explique Joachim Rudolf, directeur financier de HBM Bioventures, leader suisse du private equity dans la biotech, avec près d'un milliard de francs d'actifs sous gestion. HBM Bioventures, qui a participé à la création de sociétés maintenant réputées comme Basilea Pharma ou Cytos, prépare lui-même l'introduction de ses actions à la Bourse suisse. Le segment biotech, malgré d'abondantes critiques, offre quantité de projets intéressants. D'ailleurs il compte 14 000 emplois en Suisse, à travers 198 sociétés biotech et 91 sous-traitants. L'horlogerie, les techniques médicales et la technologie sont les autres principaux bénéficiaires du private equity.

Auguste Betschart, directeur de Leman Capital, à Lausanne, confirme qu'il attend une révision de la loi fiscale avant d'être plus entreprenant sur le marché suisse. Pour l'instant, numéro deux du marché suisse, avec deux fonds de 130 millions d'euros, il garde ses positions dans notre pays et investit en Europe: «Nous sommes le numéro un en Suisse romande et numéro 2 en Suisse derrière Capvis.» Ce dernier, fort de 800 millions de francs de fonds propres, vient de racheter 20% du capital de Stadler Rail. Il participe à 9 entreprises, qui emploient au total 7000 personnes. On lui doit le financement de Phonak, Saia-Burgess, Sia Abrasives, Disetronic, Komax. En Suisse romande, Jean-Luc Strohm, de Renaissance PME, fondée par des instituts de prévoyance, dont les Retraites Populaires, constate un vif intérêt institutionnel actuellement pour le private equity. Il vient de récolter 44 millions pour son fonds RT II. La gestion de ses participations est confiée à Vinci Capital, la société gérée par Olivier Tavel.

Dans la deuxième catégorie d'investissement, les fonds qui sélectionnent les meilleurs fonds, les plus connus en Suisse sont Partners Group, à Zoug, qui vient de réussir une entrée en Bourse fracassante, et Adveq, à Oerlikon.

Pour l'investisseur grand public, un nouveau produit vient de voir le jour, le fonds Swisscanto Equity Fund Listed Private Equity. Son indice de référence est l'indice LPX50. Un indice mondial qui ne laisse que 27% aux entreprises européennes. «L'investisseur veut dénicher les Google de demain sur un plan mondial. Ce filtrage ne doit pas se limiter à l'Europe ou à la Suisse», explique Ben Hauzenberger, gérant du fonds.

Les autres banques ne sont pas très actives, à quelques exceptions notables, dont Pictet & Cie, qui gère 8 milliards de francs dans ce secteur. Mais, en raison de l'illiquidité des produits de private equity, selon son responsable, l'investissement equity n'a de sens qu'à partir de 50 millions de francs... Il est permis de rêver.