L'année dernière, les flux financiers investis en private equity ont de nouveau atteint le niveau record du boom de la Nouvelle Economie en l'an 2000, soit plus de 240 milliards de dollars US. Mais il y a une nette différence. A l'époque, environ deux tiers des fonds étaient investis en venture capital, c'est-à-dire dans des entreprises nouvellement créées. Aujourd'hui par contre, 85% des fonds sont destinés à des investissements «buyout». On entend par là le financement de rachats d'entreprises ou parties d'entreprises mûres par le management. L'argent nécessaire est mis à disposition par des fonds spécialisés de buyout. Dans l'environnement de marché actuel, plus d'argent circule dans les deux plus grands fonds de buyout que dans tout le marché de venture capital.

Au vu d'une telle importance des fonds investis, il se pose la question de savoir si nous sommes de nouveau dans une phase d'exagération ou s'il restera possible d'obtenir des rendements attractifs - comme c'était le cas dans le domaine du buyout durant les dernières années. Un élément essentiel pour répondre à cette question est la répartition sur le marché. En effet, ce ne sont pas seulement les fonds de buyout, mais aussi les transactions qui ont une taille croissante. La taille moyenne des transactions de buyout tant aux Etats-unis qu'en Europe est passée d'environ 130 millions en 2001 à 330 millions de dollars US en 2005. Cette hausse est due essentiellement aux méga-transactions d'un ordre de grandeur de 5 à 15 milliards de dollars US qui ont régulièrement eu lieu depuis 2004. A titre d'exemple en Europe, citons diverses entreprises de télécommunications.

Nouvelle tendance: «public to private»

Parmi les buyouts de grande taille se trouvent de plus en plus de transactions «public to private». Les entreprises cotées qui ont un faible taux d'endettement et des problèmes opérationnels permettant une amélioration rapide de la rentabilité sont retirées du marché boursier et - provisoirement - affectées au secteur privé pour réaliser les plus-values nécessaires. Il s'agit d'un segment d'investissement relativement nouveau qui, par le passé, n'était guère à la portée des fonds de private equity en raison des fonds nécessaires. Une partie importante des fonds placés en private equity va donc dans des domaines qui, d'une part, sont nouveaux et dont, d'autre part, une grosse partie du volume est absorbée par quelques fonds et transactions de très grosse taille. Ainsi, en 2005, 20 des quelque 50 plus gros managers de fonds de buyout (c'est-à-dire ceux dont le fonds a une taille supérieure à 2 milliards de dollars US) ont collecté de l'argent pour de nouveaux fonds et ainsi représenté pratiquement la moitié du total des investissements en private equity. Depuis, les nouveaux fonds battent sans cesse de nouveaux records de taille (voir tableau).

Chances et risques des buyouts à l'avenir

Durant les quatre dernières années, l'environnement était extrêmement favorable pour le succès de buyouts de taille conséquente (ce qui est un facteur primordial pour l'important afflux de capital dans ce secteur à l'heure actuelle). Beaucoup de grosses entreprises avaient des besoins de restructuration et la conjoncture économique s'est améliorée. Le financement par dette, qui constitue souvent jusqu'à 70% des transactions, était facilement disponible en raison du bas niveau des taux d'intérêt et spreads de crédit (primes de solvabilité). Les chances pour la poursuite d'une activité florissante de buyout restent bonnes aussi longtemps que le marché des capitaux extérieurs ne subit pas de détérioration fondamentale. Il y a en outre des risques politiques et réglementaires. Un autre facteur d'incertitude réside dans les «exits», c'est-à-dire le fait que les entreprises rachetées par des fonds de buyout peuvent être revendues hors du domaine de private equity. Normalement, ceci se produit soit par une vente à un investisseur stratégique (donc à une autre entreprise), soit par l'introduction en Bourse. Au vu de la quantité des buyouts actuellement négociés, il se pose la question de la capacité d'absorption du système à l'avenir. Dans le cas des transactions Public-to-Private, les vendeurs d'aujourd'hui pourraient être les acheteurs de demain.

Dans tous les cas, un investisseur doit savoir que les placements en private equity sont explicitement des investissements sur le long terme et que les différents sous-segments se distinguent par des profils variés de risque/rendement. Cela signifie aussi que le plus gros succès est promis à une stratégie de placement long terme, diversifiée et équilibrée au sein du domaine de private equity.