Vente des actifs à risque, fuite vers la qualité... Faut-il parler encore de crise de confiance des investisseurs en ces temps d'incertitude boursière, ou peut-on carrément évoquer un véritable état de panique? Il semble bien aujourd'hui que la réponse à cette question ne soit plus d'actualité suite au plan de sauvetage mis sur pied par les gouvernements de part et d'autre de l'Atlantique.

Il n'en reste pas moins que depuis plusieurs mois les investisseurs ont fait preuve d'une aversion au risque qui s'est traduite par la vente d'actifs comme les actions, produits à haut rendement, dérivés et autres parts de fonds alternatifs qui font aujourd'hui face à des demandes importantes de remboursement. Résultat: la part des liquidités dans les portefeuilles des investisseurs tant privés qu'institutionnels a considérablement augmenté, avec comme souci premier de mettre ces avoirs à l'abri des fortes tendances baissières de ces derniers mois, les considérations de rendement venant clairement au second plan.

L'objectif stratégique immédiat est donc d'obtenir, via de nouveaux produits de placement, une parfaite sécurité de l'investissement dans des véhicules financiers comparables à des produits de taux sans risque. Or, à l'heure actuelle, la dette gouvernementale à court terme de notation AAA ou celles des agences disposant de la garantie d'Etat disposant eux-mêmes d'un rating AAA, comme par exemple l'allemande Kreditanstalt für Wiederaufbau, ou encore des entités supranationales bénéficiant d'une qualité de crédit la plus élevée comme la Banque européenne d'investissement, offrent de pareilles perspectives, qui plus est avec l'avantage d'une diversification entre émetteurs lorsque réunies au sein d'un même fonds de placement.

A noter que si les agences de notation ont été critiquées ces derniers temps pour leurs systèmes d'évaluation s'appliquant aux produits structurés comme les ABS ou aux obligations «corporate», il n'en est rien en ce qui concerne la dette souveraine où les indicateurs de qualité offrent d'excellentes garanties en termes de base de travail.

Face à un tel univers d'investissement, il est recommandé d'adopter une double approche sélective. Dans un premier temps, il s'agit de déterminer son positionnement sur la courbe des taux monétaire (top-down), notamment en fonction des données macroéconomiques, des programmes d'émissions et de la volatilité, pour privilégier une duration légèrement inférieure à 2 mois afin de garder cet esprit de court terme qui permet de garder un fonds ouvert et liquide. L'approche sélective (bottom-up) doit ensuite permettre de se positionner sur les titres jugés les plus pertinents dans l'univers de placement retenu, en n'hésitant pas à participer aux adjudications des gouvernements. Plus l'univers sera défini et plus faciles seront les choix, mais la dépendance à la disponibilité des instruments s'en trouvera également accrue.

Il est vrai qu'à l'heure actuelle et contrairement au niveau élevé mais très théorique du libor, théorique car les prêts interbancaires sont actuellement quasi inexistants, la courbe des taux gouvernementaux ne prête guère à un enthousiasme forcené vu la fuite des placements vers la qualité.

Les rendements espérés sur un produit investi en dettes souveraines ne se situent pas moins entre 2,5% et 3,5% en EUR, si l'on doit donner une fourchette indicative, en sachant que ceux-ci varient en fonction des mouvements de marché.

S'il fallait comparer un tel véhicule d'investissement en dette souveraine et apparenté de notation AAA, on évoquerait immanquablement les «money market funds», à la différence près que ces derniers investissent principalement leurs actifs dans des instruments émis par des émetteurs diversifiés tels que des banques, entreprises privées ou institutions financières.

La composition du fonds monétaire souverain peut varier de manière importante d'une semaine à l'autre en fonction des opportunités de placement et des afflux de fonds, relativement conséquents suite à la baisse des actifs traditionnels. Dans ce contexte, existe-t-il une proportion idéale d'un portefeuille d'investissement réservé à la gestion des positions «cash»?

Etant donné l'importante masse de liquidités disponibles actuellement sur les marchés, il n'est pas rare que des produits investis en dettes souveraines, par exemple, puissent représenter jusqu'à 50% des avoirs d'un investisseur privé ou institutionnel qui privilégie désormais les actifs peu risqués.

Un autre avantage que représentent de tels véhicules de placement tient à leur simplicité et à leur très grande liquidité.

En d'autres termes, l'investisseur qui décide d'y consacrer une partie de ses avoirs dispose d'une vision claire sur cette partie du portefeuille lui permettant de se consacrer aux produits à plus forte valeur ajoutée qui nécessitent, bien évidemment, une attention redoublée quant à la gestion des risques. Cette séparation, née d'une diversification des liquidités dans des produits les plus proches possibles des instruments de taux sans risque, offre ainsi une assise de gestion des plus confortables. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si toute allocation d'actifs induit aujourd'hui une réflexion quant à de tels placements. En ce sens, l'afflux de fonds observé ces derniers mois ne sera assurément pas qu'un feu de paille.