Les placements durables se révèlent payants aussi en termes de performance

Recherche Selon plusieurs analyses, inclure les principes de durabilité ne nuit pas aux rendements

La finance durable a le vent en poupe. En Suisse, les placements qui prennent en compte les critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance d’entreprise ont poursuivi leur progression à 71,3 milliards de francs en 2014, en hausse de 26% sur un an, selon des données publiées par FNG mercredi. Aux Etats-Unis, 1 dollar sur 6 d’actifs gérés de manière professionnelle a été investi sous la forme de placements durables en 2014, soit quelque 6570 milliards de dollars, selon une étude citée en mars par l’institut de Morgan Stanley spécialisé dans ces questions. En 2012, cette proportion n’était que de 1 à 9.

Si le succès des placements durables auprès des investisseurs est indéniable, qu’en est-il de la performance? A ce sujet, des études de l’Université Harvard ou de celle d’Oxford tordent le cou à certains préjugés selon lesquels les placements durables profitent plus à la conscience qu’au porte-monnaie. «Investir de manière durable a généralement permis d’atteindre, et souvent dépassé, la performance réalisée par les placements traditionnels», constate Morgan Stanley. Les fonds de placement en actions durables ont généré des rendements égaux ou supérieurs et une volatilité égale ou plus faible, selon la banque.

«Selon plusieurs méta-analyses, la prise en compte des critères de durabilité ne constitue à coup sûr pas un désavantage et, tendanciellement, plutôt un avantage. Elle permet en outre d’éliminer les valeurs extrêmes, ce qui permet de réduire les risques. Ces analyses globales démontrent aussi clairement qu’une gestion de l’entreprise qui tient compte des aspects de durabilité a aussi des avantages sur le plan financier. La durabilité peut donc profiter aux investisseurs», ajoute Sabine Döbeli, directrice de Swiss Sustainable Finance. Parmi les sociétés cotées en Suisse, l’exploitant de plateformes pétrolières Transocean «ne pourrait certainement pas faire partie de fonds de durabilité», juge la directrice de SSF.

De manière plus technique, des chercheurs ont comparé les rendements réalisés par l’indice élargi S&P 500 de la bourse américaine et ceux du MSCI KLD 400 Social qui tient compte des critères d’investissement durable entre 1990 et 2014. Le second indice n’inclut que des sociétés qui respectent des normes élevées d’après les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance d’entreprise. Et il exclut des secteurs tels que l’alcool, le jeu, les armes ou la pornographie.

Au final, l’indice MSCI KLD 400 Social a réalisé une performance annuelle de 10,14%, contre 9,69% pour le S&P 500. «Il est intéressant de constater que l’exclusion de certains secteurs dans l’indice MSCI KLD 400 Social n’a pas eu d’impact négatif sur la performance, ce qui aurait pu être redouté compte tenu de la plus faible diversification de l’indice comparé à celui de référence», relève Morgan Stanley. Durant cette période, l’indice basé sur les placements durables a généré une performance additionnelle de 102,3% comparé à celle du S&P 500. Les investisseurs doivent toutefois garder à l’esprit que le travail de sélection réalisé par le gérant reste crucial pour la performance, rappelle la banque.

Une étude réalisée par Harvard a, elle, comparé le rendement qui aurait été obtenu par 1 dollar investi en 1993 dans un portefeuille incluant seulement des entreprises tenant compte fortement des principes d’inves­tissement durable à un autre groupe de titres qui n’y satisfont que faiblement. La valeur du premier portefeuille aurait atteint 22,6 dollars en 2010, contre 15,4 dollars pour le second.

Selon Philipp Krüger, professeur de finance à l’Université de Genève, un nombre croissant de travaux scientifiques démontrent une corrélation positive entre performance en termes de durabilité et performance financière. «Les firmes qui performent mieux en termes de durabilité sont souvent caractérisées par un risque systématique et une volatilité plus faible», note-t-il.

Reste à savoir quelles approches visant à intégrer les principes de la finance durable produisent les meilleurs résultats. En Suisse, observe FNG, les investisseurs privilégient l’approche qui exclut certaines sociétés de l’univers d’investissement, suivie par celle de type «best-in-class» qui, elle, consiste à sélectionner les entreprises qui tiennent le mieux compte du respect des critères environnementaux, sociaux ou de gouvernance. Pour Sabine Döbeli, ces approches ont des fonctions différentes: «L’exclusion sert à empêcher la violation de normes reconnues sur le plan international. Cette approche est motivée par des raisons éthiques et reflète souvent des valeurs personnelles. Appliquée de manière stricte, elle tend plutôt à réduire la performance des placements. L’approche de type «best-in-class» permet, elle, d’identifier les sociétés qui gèrent leurs activités dans une perspective de long terme», explique-t-elle.

Une troisième approche, dite d’intégration, gagne en importance: «Elle produit souvent les meilleurs résultats à court terme. Ici, il s’agit pour les analystes de tenir compte des critères de durabilité véritablement importants dans l’analyse d’une société. L’inclusion de ces aspects ayant une importance matérielle – aussi sur le plan financier – permet de lier directement les enjeux de durabilité à la performance», explique la directrice de SSF.

Outre les gérants, les entreprises ont aussi intérêt à prendre en compte les critères d’investissement durable. Selon l’Université d’Oxford, elles en bénéficient de plusieurs manières: 90% des entreprises peuvent réduire leurs coûts des capitaux (fonds propres ou emprunts). Il en résulte aussi une performance opérationnelle supérieure pour 88% d’entre elles et un cours de l’action plus élevé pour 80% des sociétés analysées.