Les études de saisonnalité des marchés des actions américains, qui concernent le cycle électoral présidentiel de 4 ans, n'indiquent pas le futur avec certitude, mais en tant que moyennes historiques, elles influencent à la hausse la probabilité d'évolutions spécifiques du marché. Comme il semble exister des cycles de 4 ans sur une majorité des principaux indices d'actions des pays développés, ils sont considérés avec attention par certains analystes intéressés par les cycles financiers, même si ces derniers savent que l'histoire ne se répète jamais exactement.

En juin 2006, nous avions montré (voir le graphique du haut) que l'évolution du pattern historique de la saisonnalité avait aidé à localiser vers la période d'avril à mai le sommet d'un cycle de 4 ans, qui était censé avoir débuté en octobre 2002.

Sur ce graphique, la direction de la courbe projetée dans le futur à la hausse ou à la baisse est plus importante que son niveau spécifique sur l'échelle verticale, qui représente le pourcentage de gain d'appréciation en capital de l'indice Dow Jones.

Suite à la chute du S & P500 en mai et juin (voir chiffre 1 sur le graphique du pattern historique du Dow) et en se basant sur le pattern historique du Dow, trois phases successives pouvaient être envisagées pour la suite de l'année 2006: tout d'abord une consolidation horizontale (voir chiffre 2), qui a correspondu à un traditionnel rallye d'été de mi-juin à août. Ensuite une seconde baisse devait se développer (voir chiffre 3) au cours de septembre et culminer historiquement vers mi-octobre. A partir de novembre jusqu'à la fin de 2006 (voir chiffre 4 sur le graphique), le marché pouvait repartir à la hausse selon la saisonnalité annuelle traditionnellement favorable du mois de novembre à celui de mai de l'année suivante.

Parmi les éléments qui auraient permis de qualifier un creux en octobre 2006 comme la fin d'un cycle de 4 ans ayant débuté en octobre 2002, il y aurait dû y avoir d'une part, calculé depuis le plus haut de mai 2006, une baisse de l'indice S & P500 proche de la moyenne historique de 20 à 25% typique de ce genre d'événement. D'autre part une telle baisse attendue vers mi-octobre 2006 aurait aussi dû être précédée par une forte hausse de l'indice VIX, comme en mi-octobre 1998 ou mi-octobre 2002 (voir graphique de l'indice VIX et du S & P500). Au minimum l'indice VIX aurait dû remonter vers le niveau qu'il a atteint en juin 2006 (23%).

Les intervalles entre les creux doivent aussi être examinés. Depuis 1990, c'est-à-dire en 1994, 1998, et 2002, les creux ont été espacés de 48 mois, tombant mi-octobre avec une incroyable régularité. Dans les années 60 et 70, la durée entre creux de cycles de 4 ans a par contre varié dans une plage allant de 43 à 54 mois. En effet certains creux sont arrivés en retard comme par exemple à la fin de décembre 1974. Le seul retard depuis 1982 en dehors de la norme de 43 à 54 mois se trouve en 1986 lorsque le creux n'a pas eu lieu dans l'année des élections «midterm» du Congrès, qui ont lieu lors de la deuxième année du mandat présidentiel aux Etats-Unis. A cette époque la hausse du Dow s'est prolongée jusqu'en août 1987. Elle fut suivie par le crash de 1987, qui se termina en octobre! Il n'est pas question de comparer 2007 à la période de 1987, mais juste de garder en mémoire la possibilité d'une extension historique du cycle jusqu'à 54 mois qui pourrait conduire à un creux au premier trimestre 2007. Son amplitude dépendra des forces séculaires de l'économie. Certains analystes de marché qualifient la période 1960-70 de tendance séculaire baissière alors qu'ils considèrent celle des années 80-2000 de tendance séculaire haussière. Depuis la bulle de 2000 il y a débat quant à savoir si la période actuelle doit être qualifiée de séculaire haussière ou baissière.

Mais il y a aussi un autre scénario. Certains analystes se demandent si le creux de juin, qui est arrivé 4 mois trop tôt, pourrait représenter la fin du cycle actuel de 4 ans. De mai à juin, la baisse du S & P500 ne fut que de 8 à 10%. Cela semblait en juin comme un creux de trop faible amplitude. De plus jusqu'à fin août l'évolution du S & P500 a bien correspondu au schéma historique du Dow. Mais la probabilité d'un creux «en avance» a augmenté dès la fin de septembre et durant octobre, car le S & P500 a effectué une hausse contraire aux attentes historiques baissières de la saisonnalité.

En effet l'indice a tant accéléré à la hausse fin octobre en s'écartant fortement de sa moyenne mobile de 200 jours (vers 1300) qu'il existe un risque non négligeable de retour vers celle-ci, soit une correction de 7% à partir des sommets récents (proches de 1400). N'y a-t-il pas actuellement un sentiment majoritaire trop haussier et trop de participants de marché qui envisagent jusqu'à la fin de l'année une hausse d'encore 3 à 4% depuis les niveaux actuels? Il est donc important d'assurer un contrôle du risque à ce stade.