C'est officiellement le fruit du hasard. Credit Suisse et Pictet & Cie lancent à dix jours d'intervalle chacun un fonds de placement sur la sécurité, un thème porteur depuis les attentats de 2001, mais que les banques n'avaient pas encore exploré.

Chez Pictet, l'ambition non affichée est de répéter le coup de maître réalisé avec le fonds sur l'eau en 2000. Ce produit novateur a connu des débuts difficiles. Mais il fait désormais référence avec une fortune de 2,2 milliards d'euros. Ce succès n'est pas passé inaperçu chez Credit Suisse. En effet, l'un des artisans de son fonds sur la sécurité, Raoul Bachmann, était le directeur de Pictet Funds au moment de la conception du fonds sur l'eau.

La banque genevoise, comme sa concurrente zurichoise, part de la même constatation: la prévention de nouveaux attentats, la lutte contre les malfaiteurs informatiques et le besoin des ménages de mieux se protéger contre la petite délinquance vont absorber des sommes grandissantes ces prochaines années.

Cette «méga tendance», Pictet la décline en deux parties. Louis Veilleux, qui aura la fonction de cogérant, sera chargé de sélectionner des fabricants d'équipements tels que les caméras de surveillance ou les airbags pour les voitures. Son alter ego Yves Kramer choisira les valeurs informatiques comme les éditeurs de logiciels contre les virus et les sociétés spécialisées contre les effractions de réseaux. Credit Suisse reprend ces thèmes en y ajoutant la «protection de la santé», en particulier les vaccins. Ces valeurs défensives représenteront entre 10% et 30% du fonds. Elles adouciront le caractère autrement très cyclique du fonds.

La seconde distinction entre les deux fonds est la taille des sociétés éligibles. Credit Suisse regarde plutôt des moyennes capitalisations. Pictet s'autorise à descendre jusqu'à des valeurs ne pesant que quelques centaines de millions de dollars. Ses deux gérants indiquent également que leur portefeuille aura une légère surpondération en Asie.

Le fonds Pictet risque donc d'être plus volatil. Mais Louis Veilleux et Yves Kramer se donnent la possibilité d'atténuer cet aspect en prenant des positions dans de très grosses capitalisations telles que IBM et Microsoft. La sécurité ne représente qu'une fraction de leurs ventes, mais «ces deux sociétés sont très impliquées dans le processus de consolidation en cours dans le secteur de la sécurité», expliquent-ils. En général, Pictet investira dans des sociétés ayant au moins 25% de leurs ventes dans la sécurité. Pour Credit Suisse, la barre est de 50%.

Les deux banques excluent l'armement. Le fonds Pictet aura le label ISR («Investissement Socialement Responsable») contrôlé par la fondation Centre Info à Fribourg. Pour Credit Suisse, cette question de principe se mêle à l'opportunité: «Les firmes d'armement n'offrent pas de perspectives suffisantes», commente Raoul Bachmann, depuis peu responsable de la distribution des fonds Credit Suisse en Europe.

«Il faudra choisir entre Pictet et Credit Suisse. Ce ne sera pas facile», commentait un gérant à l'issue de la présentation de Credit Suisse jeudi à Genève. Les investisseurs n'ont pas fini de comparer les deux produits.