Selon l'étude économétrique de 245 projets de fusions traités par Commission européenne, les autorités de concurrence de Bruxelles attachent une importance particulière à ce qu'un marché reste ouvert à de nouveaux intervenants. «Si votre projet de fusion débouche sur une part de marché importante, le meilleur moyen d'obtenir l'autorisation est de démontrer que ce marché reste ouvert», souligne Alistair Lindsay, de l'étude Allen & Overy, coauteur de l'étude.

Pour la Commission suisse de la concurrence (Comco), cette notion ne joue pas le même rôle, comme l'a montré la récente décision d'autoriser sans restriction Coop à reprendre Waro, sur un marché de détail alimentaire presque fermé. La vente de Bon Appétit au groupe allemand Rewe porte sur moins de 4% de parts à ce marché; l'expansion de Rewe comme de Carrefour est a priori très limitée, voire bloquée, faute de possibilités de nouvelles implantations: le marché est, pour l'essentiel, bétonné. C'est exactement le type de situation que la Commission européenne cherche à empêcher, dans l'intérêt des consommateurs.

Pour Bruxelles, comme pour les autorités américaines, la détermination des parts de marchés est le moyen principal, mais non unique, d'évaluer la «position dominante» d'un groupe. Atteindre un rôle dominant par acquisition est purement et simplement interdit. «En revanche, nous n'avons relevé aucune influence significative du degré de pouvoir des acheteurs: qu'il soit faible ou fort ne semble guère avoir d'importance décisive», note Alistair Lindsay.