Les places financières ont débuté la semaine en fanfare. La publication lundi du très attendu plan de reprise des «actifs toxiques» des banques américaines a fait grimper Tokyo (+3,39%), Londres (2,86%) ou encore Zurich (+3,01%). New York a aussi terminé en nette hausse, le Dow Jones à 6,84% et le S & P500 à 7,08%.

Le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner a dévoilé les détails de ce programme qui vise à reprendre entre 500 et 1000 milliards de dollars de titres illiquides qui pèsent encore sur le bilan des banques américaines et empêchent un fonctionnement correct du marché des crédits. Depuis le début de la crise des «subprime», les banques ont déjà amorti quelque 800 milliards de crédits compromis.

«Partage des risques»

Le plan («Public-Private Investment Program» ou PPIP) vise deux types d’actifs: les prêts et les titres adossés à des actifs immobiliers. Il mobilisera des ressources financières du Trésor, de la Federal Deposit Insurance Corp (FDIC) et de la Réserve fédérale à hauteur de 75 à 100 milliards de dollars, prélevés sur les 700 milliards déjà consentis pour sauver le système financier. Le but du PPIP est de susciter des partenariats avec des investisseurs privés qui rachèteront ces actifs à risques.

En ce qui concerne les prêts, le mécanisme est le suivant: les banques identifieront les «pools» d’actifs qu’elles désirent vendre. La FDIC les analysera pour déterminer le montant qu’elle est prête à garantir. L’effet de levier dette/fonds propres n’excédera par 6:1. La FDIC mettra ensuite aux enchères les «pools» retenus; celui qui fera l’enchère la plus élevée recevra du PPIP un dollar pour chaque dollar que lui-même investira. La partie dette sera garantie par la FDIC (qui sera rémunérée pour cela), les actifs servant de collatéral. Une fois vendus, les actifs seront gérés de façon privée jusqu’à leur liquidation, sous contrôle de la FDIC.

Pour les titres adossés à des actifs immobiliers (RMBS, CMBS, ou ABS notés triple A), le mécanisme prévoit que des prêts de non-recours (le prêteur prend le risque en cas de défaut total ou partiel) seront accordés aux investisseurs privés disposés à les racheter. Ils devront remplir des critères d’éligibilité non précisés dans le plan présenté lundi. Le Trésor et la Réserve fédérale injecteront chacun du capital sur la base «un dollar pour un dollar». Ainsi, un gérant de fonds privé qui mettra 100 dollars sur la table disposera au final de 300 dollars, dans certains cas 400, pour reprendre les titres à risques.

Le programme «veillera à ce que les participants privés partagent les risques» de ces opérations et à ce que «les contribuables bénéficient aussi des profits éventuels», écrit Tim Geithner dans le Wall Street Journal.

Paul Krugman mécontent

Le PPIP fournira initialement 500 milliards de dollars, une somme qui pourra être portée à mille milliards de dollars, «ce qui est une part substantielle des actions liées à l’immobilier remontant avant la récession qui actuellement entravent notre système financier», a souligné Tim Geithner.

Les marchés lui ont donné raison, mais pas Paul Krugman. Dans un article publié hier dans le New York Times, le prix Nobel d’économie estime que le plan ne fonctionnera pas parce que le secrétaire au Trésor «suppose que les banques sont fondamentalement saines et que les banquiers savent ce qu’ils font». Pour l’économiste, qui fait référence au précédent suédois, Washington devrait s’emparer des établissements bancaires, changer leur direction, et «désamorcer» leurs titres toxiques. «Nous ne sommes pas la Suède», lui a répondu Tim Geithner.

Un ancien responsable de la Fed a relevé que si ce programme ne trouvait pas d’acheteur, le gouvernement n’aurait alors d’autre choix que de prendre le contrôle des banques.