Le Temps: Le plan de stabilité proposé par Athènes est-il suffisant pour réduire le déficit budgétaire?

André Sapir: Non. Il est jugé timide par les marchés. Il ne va pas assez loin pour montrer qu’il y a une rupture. Ce plan n’indique pas que les Grecs ont pris la mesure totale des difficultés et ont tiré les conséquences. Il ne représente qu’un début de prise de conscience, mais ne témoigne pas d’un nouvel état d’esprit. La Grèce ne peut pas faire l’économie d’un plan de stabilité sérieux dont l’un des composant un train de mesures d’austérité. Le pays peut améliorer ses comptes en mieux dépensant son argent de sorte que celui-ci génère de la croissance. Il doit également restaurer la confiance dans la gestion publique. Enfin, un plan d’austérité ne veut nécessairement dire qu’il faut couper dans les dépenses sociales. Il faut pouvoir éviter d’aggraver les disparités sociales.

- Les exigences de l’Europe et de la Banque centrale européenne sont donc justifiées...

- L’Europe a clairement dit qu’en cas de nécessité, elle apporterait son aide. Mais les Grecs devront faire leur part. Ils ne peuvent pas s’attendre à ce que les contribuables allemands viennent à leur secours, encore moins sans contrepartie. Par contre, le pouvoir allemand peut défendre un soutien face à ses électeurs en disant que Athènes, de son côté, fait des efforts et mérite d’être soutenue. La situation est certes fragile en Grèce, mais elle l’est aussi en Allemagne où la population ne soutiendrait pas une action unilatérale en faveur de la Grèce. Il faut que les Allemands et les autres Européens puissent dire qu’ils ont un interlocuteur sérieux. Un message de solidarité avec la Grèce a des limites. Parce qu’il faudrait peut être l’étendre à d’autres pays.

- Vous avez écrit que le Fonds monétaire international serait la solution pour la Grèce. Pourquoi?

- Une solution européenne implique beaucoup de problème à gérer. Elle serait vue comme une mesure de solidarité. Par contre, une intervention du FMI serait vu comme une punition. Celui-ci serait vu le père fouettard. Mais c’est le seul qui peut donner un coup de semonce au gouvernement grec lui intimant de changer de cap. Un recours au FMI implique que des erreurs sont reconnues, qu’elles doivent être corrigées et qu’elles impliquent la responsabilité grecque et la solidarité internationale. Le FMI, en déboursant son aide tranche après tranche, dispose de mécanisme nécessaires pour assurer que le cap de réformes est maintenu. Le danger que que les forces populistes en Grèce y trouveraient une occasion en or pour s’opposer aux réformes.

- Le FMI aussi pour l’Espagne et le Portugal?

- La comparaison n’est pas correcte. Le niveau de l’endettement de ces deux pays n’est pas le même que celui de la Grèce. Par contre une intervention du FMI en Grèce empêcherait les situations espagnole et portugaise à se détériorer.

«Une intervention du FMI serait vu comme une punition. Il passerait pour le père fouettard»