Le rachat de Swiss par Lufthansa se précise. Dans un communiqué, Swiss a confirmé dimanche l'existence de «négociations constructives au sujet de la reprise de Swiss et de son intégration dans le groupe Lufthansa». La marque Swiss serait conservée avec sa plate-forme internationale à Zurich. Le modèle doit toutefois encore être adopté par le conseil de surveillance de la Lufthansa, par le conseil d'administration de Swiss et par les actionnaires importants de Swiss.

La compagnie allemande a aussi confirmé dimanche négocier l'acquisition de la compagnie aérienne helvétique. «Dès que les accords nécessaires auront été obtenus, précise le communiqué de Swiss, Lufthansa a l'intention  de soumettre aux actionnaires qui composent le flottant libre de Swiss une offre correspondant au cours moyen de ces dernières semaines.»

Ce soir, les principaux actionnaires détenant 86% du capital, dont la Confédération (20,4%), UBS (10,4%), le canton de Zurich (10,2%), CSG (10%) et Amag (6,8%), sont conviés à une séance d'information à Zurich. Les axes et chiffres essentiels de la reprise seront présentés. L'accélération des démarches explique pourquoi la nomination du nouveau président du conseil d'administration n'est pas encore intervenue.

Lufthansa prête à se risquer

L'amélioration des finances de Swiss incite le groupe allemand à prendre des risques. Il n'attend pas l'aboutissement de la nouvelle restructuration, destinée à économiser 300 millions de francs d'ici à 2007, pour afficher ses intentions. Les actionnaires helvétiques, ainsi que les autorités politiques, sont prêts à vendre Swiss, d'autant plus aisément que Lufthansa n'exige plus l'apport préalable de 300 millions pour son assainissement. Lufthansa devrait d'abord prendre une participation minoritaire, afin de conserver les droits sur les actuelles destinations, puis la majorité.

Il est possible que la flotte d'avions intercontinentaux de Swiss soit portée de 18 à 21. Ce point explique l'insistance de Christoph Franz à concentrer son discours sur les parts de marché de Swiss à l'aéroport de Zurich. Les aéroports de Bâle et de Genève devraient également être mieux intégrés.

Une condition majeure posée par Francfort porte sur la situation financière de Swiss. Celle-ci doit rapidement sortir des chiffres rouges. Si elle supprime 800 à 1000 emplois et vend 13 avions, ce sera le cas en 2006. Toutefois, selon la SonntagsZeitung, si elle ne parvenait pas à vendre ces avions, elle pourrait trouver une solution transitoire en les plaçant dans une société ad hoc. Les pertes attendues ces prochains mois devraient certes réduire les fonds propres. Mais le directeur financier, Ulrik Svensson, insistait vendredi pour estimer qu'aucune augmentation du capital n'était nécessaire. Il évoque le cas d'Austrian Airlines, lequel ne dispose que de 15% de fonds propres au bilan, contre 27% pour Swiss.

Toutefois, l'incertitude demeure sur la restructuration annoncée mi-janvier. La négociation avec les huit syndicats s'annonce ardue. Swiss pilots, les anciens de Crossair, doit accepter la réduction de moitié de ses 550 membres. Ce qui semble bien compliqué. Les menaces de grèves n'ont pas disparu. Selon la NZZ am Sonntag, les négociateurs allemands seraient prêts à mettre de l'eau dans leur vin. Ils lanceront une offre sur Swiss même si tout risque de conflit social n'était pas écarté.

Du côté suisse, il est possible que l'on saisisse l'opportunité de cette négociation pour améliorer le sort de Kloten et, avec Swiss et le canton de Zurich, faire plier l'Allemagne sur les règles d'atterrissage. La balle est ici dans le camp du Conseil fédéral, lequel admet avoir discuté de Swiss vendredi.