Le syndicaliste d'Actions-Unia Cyril Perret est un homme satisfait: deux jours avant de quitter ses fonctions pour s'engager dans une nouvelle vie, il a signé lundi, avec l'ensemble des partenaires sociaux, le plan social de BAT (British American Tobacco). Les discussions ont été extrêmement rapides puisque le premier projet de la direction de la multinationale avait été présenté à la fin du mois de juillet. Actions-Unia a obtenu gain de cause sur une bonne partie de ses revendications. L'autre syndicat présent à la table des négociations, le SIT (Syndicat interprofessionnel des travailleuses et des travailleurs) – injoignable mardi –, avait adopté une attitude plus critique ces dernières semaines. «C'est un plan social équilibré, relève Cyril Perret, car il prend en considération l'âge et l'ancienneté ainsi que la formation. Par ailleurs, les préretraites sont intéressantes.» Le représentant du personnel du site de Boncourt dans le Jura et de Lausanne va, lui, tout comme la direction, jusqu'à qualifier le plan social d'exemplaire.

BAT fermera son usine genevoise le 30 juin 2000 au profit de l'usine de Boncourt, berceau de Burrus, une société du groupe Rothmans avec laquelle le groupe a fusionné en janvier dernier. Dans le Jura, 87 postes seront créés, réservés avant tout aux employés de la Cité de Calvin. Le siège genevois du groupe, l'administration et le marketing seront regroupés à Lausanne où collaborent déjà une quarantaine de personnes. La nouvelle BAT comptera 510 postes de travail contre 612 actuellement. La direction prévoit que 39 engagements temporaires ne seront pas reconduits et table sur 47 retraites anticipées. Le nombre de licenciements dépendra de la mobilité du personnel.

Selon nos informations, cinq modifications majeures – allant dans le sens des désirs des employés – ont été apportées à la version finale du plan social. La première concerne les Genevois qui obtiendraient un poste au nouveau siège lausannois. Contrairement à ceux qui refuseraient de se rendre à Boncourt, les employés récalcitrants à un transfert lausannois n'étaient, dans un premier temps, pas assurés de bénéficier du plan social. Or les syndicats exigeaient que tout le personnel soit inclus dans ce plan. Le compromis tient compte de cette requête, de justesse: les personnes qui refuseront de se déplacer à plus de 80 kilomètres de leur domicile pourront demander l'application du plan social soit, assure Cyril Perret, une bonne partie des travailleurs du site genevois, notamment les frontaliers, appelés à se rendre à Lausanne. Par ailleurs, ceux qui se situent en dessous de la limite des 80 kilomètres peuvent refuser un emploi si la rémunération totale offerte est inférieure à l'actuelle.

Le chapitre des retraites anticipées a également subi une modification importante: en effet, elles seront octroyées dès 53 ans et non 55 ans comme prévu initialement. «Une dizaine de personnes entre 53 et 55 ans, travaillant actuellement à Genève, auraient dû se déplacer à Boncourt pour deux ans seulement alors qu'elles souhaitaient bénéficier de la préretraite à 55 ans. Il aurait été absurde de les transférer dans le Jura pour si peu de temps», constate Cyril Perret.

Par ailleurs, les indemnités de licenciement ont été augmentées. Le plancher sera de 60% d'un mois de salaire par année de service (et non plus 50%). Le plafond atteindra 100% (inchangé). Le montant destiné à la formation pour les personnes licenciées passe, lui, de 5000 à 8000 francs. Tandis que le délégué du SIT jugeait le premier montant largement insuffisant, Cyril Perret estime qu'avec 8000 francs il est possible de faire «pas mal de choses à Genève». Précisons encore qu'à hauteur de cette somme, la formation est illimitée dans le temps.

Dernière modification et non des moindres: la durée d'application du plan social. Tous ceux qui démissionneraient ou seraient licenciés (sauf pour justes motifs) dans le cadre d'un nouvel emploi au sein du groupe à plus de 80 kilomètres de leur domicile pourront bénéficier du plan durant les douze mois suivant la prise de fonction. Ce délai était de six mois dans la première version.