Swisscom annonçait, mercredi soir, la suppression de 400 postes pour 2013, parallèlement à la création de 300 emplois. Depuis plus de dix ans, l’opérateur effectue presque chaque année une restructuration de son personnel. Qu’en pensent les syndicats? L’opinion d’Alain Carrupt, coprésident de Syndicom.

Le Temps: Quelle est votre appréciation de la dernière restructuration de Swisscom? Alain Carrupt: Nous regrettons la perte de chaque emploi. Mais nous avons eu, ces dernières semaines, des discussions intenses avec la direction de Swisscom. Et ce, pour parvenir à une réduction importante du nombre de personnes concernées. Grâce au plan social en vigueur depuis plus de dix ans, l’opérateur s’engage à tout faire pour ne pas procéder à des licenciements. Notamment par des mesures de reconversion professionnelle permettant de réinsérer les employés qui perdent leur poste. Mais il est impossible de dire s’il y aura des licenciements. Syndicom exige que tout licenciement soit évité. La mutation de Swisscom, les nouveaux emplois créés dans d’autres secteurs de l’entreprise ainsi que les fluctuations naturelles, combinées aux mesures du plan social, devraient permettre d’atteindre ce but.

– Pouvez-vous en dire plus à propos de ce plan social, en vigueur depuis plusieurs années?

– Il avait été conçu en 1999, lorsque Swisscom voulait se séparer de quelque 6000 employés, au début de la libéralisation du marché. Swisscom a créé des entreprises filles pour réinsérer ses employés, en leur donnant aussi du temps pour rebondir, tout en payant toujours leur salaire. Nous avions aussi négocié des plans de retraite anticipée et des aides à la création d’entreprise. Ce plan a depuis été régulièrement réadapté. Nous venons d’achever les négociations pour le nouveau plan, qui entrera en vigueur en 2013.

– Quelles seront les nouveautés de ce plan?

– Avant tout, un renforcement des mesures de formation complémentaire. Il s’agit également d’ajustements. Certains métiers de Swisscom, liés à sa situation de monopole, ont pratiquement disparu. Je pense par exemple aux monteurs de lignes aériennes.

– A vous entendre, vos rapports avec Swisscom sont idylliques…

– Non, il y a eu et il y a encore des phases très dures. Ce fut le cas notamment au début des années 2000. Mais l’entreprise a ensuite accepté pleinement le principe de partenariat social. Ce qui n’empêche pas que nous ayons encore régulièrement des négociations très serrées, notamment sur les emplois et les conditions de travail.

– Quelle a été, au final, l’ampleur des licenciements sur la durée?

– C’est difficile à dire, les mutations permanentes de l’entreprises, soit par la croissance des nouveaux secteurs d’activité, soit par l’acquisition d’entreprises, rendent très difficile la tenue de statistiques précises. Mais je dirais que largement plus de 90% des employés de Swisscom qui perdent leur poste sont reclassés à l’interne et à l’externe, et ce, grâce à ces mesures d’accompagnement. Un autre pourcentage a pu partir à la retraite, parfois dès l’âge de 55 ans.

– Sunrise vient d’annoncer la suppression de 140 postes. Avez-vous été consultés?

– Oui, dans la même mesure qu’avec la direction de Swisscom. Nous avons pu atténuer les mesures envisagées par Sunrise. Et nous venons, cet été, de signer avec cette entreprise une convention collective de travail et de prolonger le plan social déjà en vigueur. Ce plan est basé sur le même principe que celui de Swisscom.

– Vos rapports sont donc les mêmes avec Swisscom ou avec Sunrise qui, lui, est en mains privées?

– Ils sont proches, alors même que Sunrise est détenu par des capitaux étrangers. C’est une très grande avancée, ces entreprises reconnaissent l’importance d’un dialogue social en Suisse.

– Qu’en est-il de Cablecom et d’Orange?

– Les débuts avaient été très durs avec Orange, avec la grève de douze jours liée à la fermeture du centre de Bussigny (VD). Il a fallu du temps pour que cet opérateur nous reconnaisse un statut de partenaire social. C’est maintenant le cas. Nous voulons désormais signer une convention collective tant avec Orange qu’avec Cablecom. C’est important, car il n’existe pas de convention collective de branche. J’ai bon espoir d’y parvenir.