La coque du navire boursier montre d'inquiétants signes de fragilité. La dernière intervention du patron de la Réserve fédérale américaine, lundi soir, n'a fait qu'élargir les brèches apparues début mai. La volonté implacable de Ben Bernanke de tordre le coup à l'inflation fait peur.

De la Russie aux Etats-Unis, en passant par l'Europe, les indices ont à nouveau abandonné quelques pour-cent. L'indice phare de la Bourse suisse, le SMI, recule de près de 9% depuis début mai. Pourquoi accumuler des actions alors que les taux offerts par les obligations souveraines grimpent, se disent les investisseurs? Les bons du Trésor américain proposent notamment un rendement de plus de 5%. Des papiers qui ont l'avantage de protéger contre la chute des marchés actions. Le gourou suisse Marc Faber place ces emprunts en dollars en tête des titres à privilégier ces prochains mois.

A y regarder de plus près, Ben Bernanke n'a pas uniquement relevé «les développements malvenus» sur le front de l'inflation de base, soit hors énergie et alimentation. Un renchérissement qui a atteint 3,2% au cours des trois derniers mois. Le numéro un de la Fed a aussi reconnu que «la modération anticipée de la croissance économique semble maintenant engagée».

Mais les investisseurs ont choisi leur camp. Mardi, les contrats futures (ndlr: à terme) indiquaient qu'une hausse de 0,25% des taux directeurs de la Fed était escomptée par 80% des opérateurs. Un chiffre qui était tombé à moins de 50% vendredi après la publication de mauvaises statistiques sur l'emploi américain.

Ce revirement en dit long sur le manque de visibilité actuel qu'offre l'économie américaine. Inflation liée à l'envolée du prix de l'énergie ou vif ralentissement économique sur fond de ménages américains obligés de se serrer la ceinture, pris à la gorge par les hausses de taux? «Ce manque de clarté va continuer de peser sur l'appétit aux risques des investisseurs, confie le trader d'une banque genevoise. Dès lors, les places boursières les plus spéculatives, pays émergents en tête, vont particulièrement souffrir.» La chute de la devise turque s'inscrit dans cette logique. Le financier met aussi en garde contre les risques de décrochage des actions cycliques, très sensibles à la conjoncture: «Les sociétés industrielles, de luxe ou encore les financières vont se retrouver sous pression.»

A contrario, l'orage qui menace pourrait faire le jeu des titres défensifs, de la pharmaceutique à l'alimentation. «Ils ont été sous-pondérés depuis longtemps dans les portefeuilles, précise-t-il. Un fort intérêt finira par apparaître pour ces valeurs avec la baisse des indices qui se précise.»