• Un monde de bulles

Les marchés financiers n'étant que le reflet des comportements humains, les bourses nous ont toujours habitués à fluctuer. Elles passent de phases de trop-plein d'optimisme à des périodes de déprime excessive. En ce qui concerne les périodes euphoriques, on se souvient de la bulle japonaise à la fin des années 80, de la bulle asiatique au milieu des années 90, de la bulle Internet à la fin de cette même décennie ou encore de la bulle chinoise l'an passé. L'investisseur vise à profiter de chaque bulle et cherche surtout à s'en échapper avant qu'elle n'éclate.

• Tsunami financier

Ces mouvements boursiers sont habituels; ils font penser au jeu des vagues sur l'océan, avec des bourses qui passent de creux en crêtes. Mais cette fois, l'évènement ressemble davantage à un tsunami. C'est tout le système financier, ses mécanismes, son fonctionnement et ses règles qui sont mis à mal. Bien sûr la finance doit continuer d'exister mais il est impératif de corriger ses excès. Les principaux moteurs de la croissance économique étaient devenus la dette et les bulles d'actif. L'investissement productif et les salaires vont retrouver le devant de la scène. Les bourses doivent à nouveau refléter l'économie et non l'inverse. La crise actuelle a pris ses racines il y a plus de deux décennies, sur fonds d'une dérégulation sans complexe apparue lors des années Reagan. Le formidable développement de l'informatique depuis 20 ans aidant, la finance a fini par sombrer dans le monde du virtuel. Avec des ordinateurs toujours plus puissants, des algorithmes toujours plus complexes, hedge funds, dérivés, leviers et autres produits structurés ont fini par déconnecter la finance et ses acteurs du monde réel. La crise des crédits à risque (subprime) en est le dernier révélateur. Les prêts octroyés aux citoyens américains les moins solvables pour acheter leur maison pendant la récente période de politique monétaire - très accommodante - sont passés de mains en mains, de banque en banque, se sont transformés, démultipliés, passant de produits financiers en produits financiers. Ainsi en est-on arrivé au point où même les banques ne savaient parfois plus vraiment ce qu'elles détenaient dans leur bilan ou même dans les comptes de leurs clients. Ces dernières faiblesses sont heureusement en voie de résolution.

• Les clients des banques restent inquiets

Les avoirs investis en bourse fondent depuis plus d'un an. L'inquiétude prévaut parmi les clients des banques, du petit investisseur aux fonds de pension. Les banques se doivent de leur répondre par des solutions adéquates. Une vraie protection du capital en cas de baisse des marchés et une participation modeste mais stable, dépassant l'inflation, en phase de rebond des places boursières. Les investisseurs sont las de voir leurs économies fluctuer avec de telles amplitudes depuis dix ans, pour finalement ne rien gagner.

Cette crise laissera des traces. Citons le Japon, qui peine encore à se relever de sa précédente crise bancaire et de la chute de son marché immobilier en janvier 1990! Les gérants de fortune auront de plus en plus de mal à être crédible en vendant une hypothétique performance espérée de 7 ou 8% par année, avec si peu de visibilité et deux krachs boursiers en huit ans. Des performances plus raisonnables mais certaines répondent davantage aux attentes. A ce sujet, les attentes des investisseurs doivent aussi être réalistes, même en phase haussière, pour ne pas pousser les banques à prendre plus de risque. La plupart des clients fortunés sont d'ailleurs traditionnellement prudents.

• Un secteur assaini va apparaître

Il y a tout lieu de croire que le paysage bancaire va changer aux Etats-Unis ainsi qu'en Europe et que les réglementations vont se durcir. Ceci est nécessaire. Comme au Japon, une profonde refonte du paysage bancaire va avoir lieu, sur fond de concentration du secteur et de contrôles plus stricts. Cela a d'ailleurs commencé avec la reprise de certaines activités de Lehman Brothers par Barclays et Nomura, la reprise de Merrill Lynch par Bank of America, de Dresdner Bank par la Commerzbank et de AIG par l'Etat américain, pour ne citer qu'elles. Après 18 ans de purgatoire et des bilans assainis, les banques japonaises pourraient désormais se permettre d'acquérir ou de prendre des participations dans certains établissements occidentaux à leur tour affaiblis.

• Des banquiers à l'écoute de leurs clients

Dans un paysage mouvant et avec des inquiétudes persistantes, les clients ont besoin d'être rassurés. Ils s'attendent à un partenariat réel avec leur banquier, dans un climat de confiance, d'écoute et de conseils de qualité. Le client veut sentir que son portefeuille est entre les mains d'un bon pilote. D'autant que, même si la météo sur les marchés financiers devait s'améliorer d'ici quelques trimestres, le climat restera agité à plus court terme.