Achevée la crise financière? L’inquiétude que provoque depuis mercredi soir la situation financière de Dubaï vient soudain contrarier l’optimisme des derniers mois. L’incapacité du conglomérat Dubai World – et de son entité immobilière Nakheel – à honorer à temps une partie de sa dette de 59 milliards de dollars a fait trembler jeudi les marchés du globe.

Les bourses du Golfe étaient fermées hier en raison de la fête de l’Aïd, mais la valeur des obligations islamiques a plongé de 15% en Asie, celles émises par Nakheel perdant 27% selon l’AFP. Les CDS, ces «polices d’assurance» censées protéger contre la faillite des Etats du Golfe, ont vu leur prix décoller.

Barclays et Porsche plongent

En Europe, les marchés boursiers ont connu leur plus forte baisse depuis sept mois. Francfort et Londres ont dévissé de 3,2%. Zurich a également été secoué. HSBC et Standard Chartered, qui figurent parmi les banques les plus exposées aux Emirats ont vu leurs actions dévisser de plus de 5%.

La Banque des règlements internationaux évalue à 93 milliards de dollars l’exposition des banques européennes à l’ensemble des Emirats arabes unis, plus de la moitié concernant des établissements britanniques. Les prêts accordés aux seules sociétés de Dubaï atteindraient 13 milliards de dollars, selon une note de Credit Suisse.

Les industriels réalisant une part importante de leur activité dans le Golfe, comme Porsche, BMW, Daimler ou EADS ont également été secoués en bourse.

Craintes de banqueroute

Jeudi, les agences de notation S & P et Moody’s ont revu à la baisse leur estimation de la capacité de plusieurs groupes parapublics de Dubaï à rembourser leur dette, ce qui n’a fait qu’accroître l’inquiétude quant à une banqueroute d’un pays croulant sous 80 milliards de dollars de dettes.

Tous les regards se focalisent sur Dubai World, pilier de l’émirat à l’origine de ses projets pharaoniques comme l’île artificielle Palm Jumeirah. Parmi ses 70 créanciers figurent HSBC, Barclays, Lloyds ou RBS, mais aussi Credit Suisse selon l’agence Bloomberg. La banque suisse a rétorqué que son exposition restait «immatérielle».

Abu Dhabi à la rescousse

La situation n’est cependant pas comparable à celle de l’Argentine de 2001. Le plus important prêteur de Dubai World reste Abu Dhabi, l’un des plus gros producteurs de pétrole au monde. L’émirat voisin devait fournir la moitié des 10 milliards de dollars que le cheikh Mohammed bin Rashid al-Maktoum, le dirigeant de Dubaï, prévoyait d’emprunter d’ici à la fin de l’année. «Abu Dhabi ne laissera jamais tomber Dubaï, car cela secouerait l’ensemble de la région», juge Hassan el-Husseini, journaliste de la radio Monte Carlo Doualiya. Selon les informations dont il dispose, «Abu Dhabi serait prêt à racheter Dubai World», s’il le faut.

Pour l’instant, cela n’empêche pas cet émirat de regarder avec une certaine satisfaction le Manhattan du Golfe se débattre dans ses difficultés. Une façon d’humilier les Al-Maktoum, la dynastie régnant sur Dubaï, «qui a longtemps regardé de haut ses voisins en se targuant d’avoir pu construire – sans l’aide du pétrole – un empire financier», précise ce spécialiste.

Les problèmes de Dubaï révèlent néanmoins l’ampleur de la crise de liquidité touchant l’ensemble des banques du Golfe, trop exposées à des projets immobiliers qui ont perdu jusqu’à 50% de leur valeur. Cela ne concerne pas que les conglomérats publics. «Le montant des chèques rejetés à Dubaï atteignait déjà 2 milliards de dollars sur les six premiers mois de 2008, il a eu tout lieu de s’envoler depuis», rappelle ainsi Hassan el-Husseini.