Céréales

La plateforme genevoise AgFlow veut lever cinq millions

Le portail électronique fournit des informations en temps réel sur le cours des grains. Il veut convaincre différents acteurs du négoce des bienfaits du partage de données et les attirer dans son actionnariat

«Les données, c’est le nouveau pétrole.» Benoît de Courcelles aime à citer l’homme d’affaires chinois Jack Ma pour expliciter le modèle d’affaires d’AgFlow. «Goutte après goutte», le nouveau patron de la plateforme électronique d’information sur le négoce de céréales veut valoriser sa base de données en temps réel sur les cours des grains, la qualité des récoltes ainsi que les mouvements physiques des matières premières agricoles.

Fondé en 2013 à Genève, AgFlow lance une levée de fonds de 5 millions de francs la semaine prochaine. Une façon «d’appuyer sur l’accélérateur» afin d’atteindre une taille critique et le seuil de rentabilité d’ici trois ans, selon Benoît de Courcelles, qui espère passer rapidement de 12 à 20 collaborateurs. Directeur opérationnel depuis septembre dernier, il évalue le potentiel de ce marché de l’information sur les céréales, les huiles végétales et les oléagineux à 120 millions de francs.

La ferme du Midwest et le port d’Odessa

Sur ces marchés de gré à gré, encore traditionnels, l’information reste particulièrement diffuse. Qu’elle émane des coopératives du Midwest américain ou du port d’Odessa, plateforme d’embarquement du blé ukrainien. «Contrairement à la production de pétrole – très concentrée –, il existe des millions de producteurs agricoles. De nombreux acteurs interviennent tout au long de la chaîne logistique, et la qualité des céréales diffère beaucoup selon les pays et les récoltes», résume le directeur d’AgFlow, qui se positionne en source indépendante d’information.

Dans un rapport datant de 2017, Boston Consulting Group (BCG) considérait même qu’un «transfert de pouvoir» – estimé à 70 milliards de dollars – était en train de s’opérer sur le secteur des matières premières entre les poids lourds de l’industrie et de nouveaux fournisseurs de services, tirant avantage de la numérisation et de la décentralisation des flux. Parmi les nouveaux entrants, on peut notamment citer l’agence d’intelligence économique Kpler, fondée à Paris en 2009, qui traque les cargaisons de matières premières dans le monde entier.

AgFlow se rêve, lui, en agence Bloomberg, Reuters ou Platts des matières premières agricoles. Il cherche à faire remonter, nettoyer les données et les faire parler pour les traders, les départements de gestion des risques ou les hedge funds. Le service coûte quelque 8000 francs annuels pour un trader indépendant, davantage encore pour bénéficier de serveurs reliés directement à ceux d’AgFlow. «Notre modèle d’affaires est prouvé. Il faut maintenant croître et consolider», ambitionne celui qui a siégé 18 mois dans son conseil d’administration avant de prendre la direction de la société.

Une multinationale à bord

Parmi les profils types d’investisseurs potentiels, Benoît de Courcelles évoque les capital-risqueurs, les family offices, mais aussi la centaine de contributeurs actifs qui fournissent des données à la plateforme d’AgFlow. Concrètement, il s’agit de brokers mettant les traders en relation, de courtiers maritimes qui disposent d’informations sur les mouvements des navires mais aussi de fournisseurs de données sur la qualité des récoltes, comme des agences gouvernementales ou le géant de la certification SGS.

Lire aussi: SGS investit dans la plateforme genevoise AgFlow

La multinationale genevoise est entrée en 2016, à hauteur de 15%, au capital d’AgFlow. Puis, selon nos informations, elle a porté cette participation à 20%. Présente dans tous les ports et sur toute la chaîne de production – selon son principe «from farm to fork» (de la ferme à la fourchette) –, SGS dispose d’une large base de données sur la qualité des grains, qu’elle entend désormais valoriser.

Benoît de Courcelles en est convaincu: sur le marché des matières premières agricoles, «ceux qui accompagneront la numérisation du secteur seront les grands gagnants». Le patron d’AgFlow a lui-même passé cinq ans à SGS, où il a dirigé le département de l’innovation et lancé sa politique d’investissement dans les start-up, notamment dans une jeune pousse nommée AgFlow.

Publicité