Finance en ligne

Les plateformes de «crowdlending» coopèrent toujours plus avec les banques

L’octroi direct de crédits à des particuliers ou à des PME via Internet est en plein essor. Après avoir débuté en solo, certains acteurs spécialisés dans cette activité, comme CreditGate24 ou Lendico, établissent des partenariats avec des établissements bancaires classiques

Au début de la décennie, les premières plateformes de «crowdlending» – soit l’octroi de prêts avec intérêt destinés à des entreprises ou à des particuliers – comme Lending Club ou Prosper aux Etats-Unis ambitionnaient de se substituer aux banques en octroyant de manière directe des crédits. Ces pionniers ont fait de nombreux émules, y compris en Suisse, où l’on compte désormais près d’une dizaine de plateformes spécialisées dans l’octroi de prêts sans l’intermédiaire d’une banque – ou presque.

Pour accélérer leur expansion, certaines de ces plateformes coopèrent désormais avec des banques. En décembre, PostFinance a entamé un partenariat avec la plateforme allemande Lendico en ce qui concerne l’octroi de prêts à des PME. En septembre, la banque régionale argovienne Hypothekarbank Lenzburg a entamé une coopération avec CreditGate24. La plateforme zurichoise, opérationnelle depuis mars 2015, propose des crédits qui peuvent être souscrits aussi bien par des individus que des PME. Une fois souscrits, les crédits peuvent en outre être cédés à d’autres investisseurs par le biais d’un marché secondaire, aussi disponible sur le site.

Négociations en cours avec d’autres partenaires

Christoph M. Mueller, le directeur et fondateur de CreditGate24, indique que la plateforme est actuellement en négociation «intense» avec 8 banques et 8 assurances.

Pratiquement, les différentes étapes du processus – demande de prêt, examen de la demande par CreditGate24 et présentation du projet en ligne – sont largement standardisées. «Nous avons notre propre système d’évaluation qui débouche sur un score, puis l’octroi d’un rating pour chaque crédit. Dans certains cas, nous nous appuyons aussi sur l’analyse effectuée par une société tierce», explique-t-il.

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L’ensemble du processus d’évaluation des crédits peut-il être automatisé? Christoph M. Mueller nuance: «Les personnes ou les PME qui déposent une demande de prêt doivent répondre à une série de questions qui sont ensuite analysées dans leur ensemble. Lorsque certaines indications ne sont pas conformes à notre modèle, nous ne refusons pas purement et simplement la requête. Nos collaborateurs prennent contact avec les personnes qui ont effectué une demande de prêts afin d’effectuer un contrôle de plausibilité des données fournies ou pour clarifier certains aspects», décrit-il.

Du côté des entreprises, les demandes de crédits les plus fréquentes concernent des petites PME ou des start-up. S’agissant des privés, beaucoup de demandes concernent des projets de rénovation dans des logements, l’installation de panneaux solaires ou le financement de projets de formation continue, cite-t-il à titre d’exemples. S’y ajoutent aussi des prêts accordés dans le cadre de rééchelonnement de dettes ou le rachat de crédit.

CreditGate24 veut s’étendre sur le marché romand

Christophe Mueller s’attend à un mouvement de consolidation dans le secteur. «Un investisseur qui veut placer de l’argent de cette manière via différentes plateformes doit chaque fois s’inscrire, s’habituer à des procédures différentes. C’est totalement inefficient. A terme, il ne restera plus qu’une ou deux plateformes de crowdlending en Suisse», anticipe-t-il. Disponible actuellement en allemand et en anglais, la plateforme de CreditGate24 le sera également en français d’ici la fin du premier semestre. «La Suisse romande est un marché attrayant pour nous», souligne-t-il.

En tout, il existe près de dix plateformes helvétiques de crowdlending, avec des caractéristiques plus ou moins différentes. Pionnier de ce domaine en Suisse, Cashare, active depuis 2008 dans le domaine du financement participatif, propose des prêts pour les particuliers et les PME.

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En Suisse romande, Wecan. fund permet aussi aux particuliers d’octroyer des prêts directement aux PME. Lancée au printemps 2015, la plateforme genevoise, cofondée par Vincent Pignon, chercheur à la Haute Ecole de gestion de Genève (HEG), fonctionne de manière largement automatisée. S’y ajoutent des sites comme Creditworld, Lend, Swisspeers.

Lendico accélérera la consolidation du secteur

L’arrivée de la société allemande Lendico sur le marché suisse via une coopération avec PostFinance risque d’accélérer le processus de consolidation. Dans sa version helvétique, la plateforme permet à des PME de déposer des demandes de prêts allant de 10 000 francs à un demi-million. A la différence d’autres plateformes, Lendico Suisse joue le rôle de contrepartie entre les prêteurs et les emprunteurs.

Selon Andreas Dietrich, professeur à la Haute Ecole de Lucerne (HSLU), qui vient de publier sur son blog une analyse du marché suisse du crowdlending, les frais prélevés par Lendico sont un peu plus élevés que ceux d’autres plateformes. En revanche, il voit la collaboration avec PostFinance comme un important avantage pour Lendico, qui peut aussi compter sur l’expertise de la maison mère outre-Rhin. De plus, le fait de pouvoir utiliser le logo de PostFinance est aussi un atout important pour s’établir sur le marché suisse, juge-t-il.

Selon l’expert, la multiplication des modèles d’affaires observés en Suisse dans le domaine du crowdlending est une caractéristique typique d’un marché situé dans une phase encore précoce de développement. Les volumes de fonds réunis grâce au crowdlending devraient ainsi à nouveau progresser fortement en 2016 et 2017.

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