Le Neuchâtelois François Bourquin restera finalement à la barre de la Haute école spécialisée de Suisse occidentale, la HES-SO. Après avoir annoncé, à la fin du printemps, sa volonté de quitter l'institution dès le mois de juillet, celui-ci estime avoir reçu depuis les moyens nécessaires pour assumer sa double fonction, puisqu'il est également chef du service de la formation professionnelle de son canton. De fait, il se verra doter d'un adjoint dès le début de l'année prochaine dans ce service. Peu avant l'été, l'annonce de ce départ (par Le Temps, le 13 avril 1999) a mis en émoi certains députés neuchâtelois ainsi que les diverses instances de la HES-SO, qui regroupe 18 écoles. François Bourquin fut en effet l'un des architectes de la première heure de cette institution aux structures complexes. Même s'il relativise ce fait en soulignant qu'au sein du comité stratégique de la HES – son conseil d'administration politique – «siègent trois conseillers d'Etat en charge du dossier depuis le début, ce qui est aussi rare qu'heureux pour un tel établissement», ce départ du principal animateur de l'institution aurait été du plus mauvais effet. D'autant que dans certains milieux économiques, en particulier à Genève, des voix s'élèvent pour demander une simplification des structures et une plus grande visibilité auprès des PME. Souhait partiellement exaucé récemment par la création d'un «conseil» de la HES, qui comptera une quinzaine de représentants d'entreprises concernées par les formations offertes dans cette université des métiers. Reste que les promoteurs de la HES romande, la plus précoce des sept établissements nationaux, ont encore du pain sur la planche. Ils doivent en particulier faire face à une hausse significative des effectifs: comptant près de 4200 étudiants à fin juillet, la HES romande devrait voir près de 300 nouveaux élèves affluer en octobre, un taux d'augmentation qui n'a rien à envier aux filières universitaires les plus cotées. Pour François Bourquin, c'est la preuve que «l'image HES, qui se construit laborieusement, apparaît déjà comme très porteuse auprès des jeunes». Il le confirme en évoquant la hausse du nombre de maturités professionnelles – qui permettent d'entrer en Haute école spécialisée – dans son canton: cette année, les responsables neuchâtelois s'attendent à décerner deux fois plus de titres pour la voie en quatre ans, et trois fois plus pour le cursus en trois ans. Mais cette soudaine popularité n'est pas seulement due à l'image de marque HES. François Bourquin reconnaît qu'elle résulte aussi des «effets pervers du système de financement» qui régit l'institution. Alors que, naguère, les écoles professionnelles recevaient des subventions fédérales directes savamment dosées, la direction de la HES centralise aujourd'hui des montants attribués aux écoles au prorata de leur nombre d'étudiants. Grosso modo, un étudiant en gestion «coûte» 18 000 francs par année, un ingénieur 45 000. Sur ces sommes, la Confédération fournit le tiers, le reste provenant des cantons. Conséquence, les directeurs d'établissements sont évidemment tentés de redoubler d'efforts de «marketing scolaire» afin de capter davantage de jeunes, voire de les conserver le plus longtemps possible. Certains ont même délibérément assoupli les critères d'admission pour les porteurs de titres étrangers, là encore pour augmenter leurs effectifs déclarés. La direction de la HES a d'ailleurs dû en rappeler à l'ordre. «C'est préoccupant, car en faisant ainsi la chasse à l'étudiant, on dénature la philosophie du financement et on tue, à terme, les petites unités», déplore François Bourquin, pour qui «instaurer un minimum de concurrence entre les écoles est très bien, mais il faut veiller à ce que cela ne mette pas en péril la qualité de l'enseignement». Confirmé à la barre, le timonier ne manquera pas de travail.