La plus importante convention collective de Suisse, valable pour cinq ans, sera renégociée dès le mois prochain entre les 620 entreprises membres de Swissmem, association faîtière de l'industrie suisse de la métallurgie et des machines, et les syndicats représentant quelque 320 000 salariés suisses du secteur. C'est un test important pour l'évolution du climat social. Après le syndicat FTMH en septembre, Swissmem dévoilait ses positions jeudi à Berne. La partie s'annonce dure.

Thomas Daum, directeur de Swissmem, a peint un tableau sombre de la situation. Le chiffre d'affaires de la branche a reculé de 13,9%, les entrées de commandes de 10,3% sur les neuf premiers mois de l'année – plus fortement en Suisse qu'à l'étranger. Aucun signe d'embellie n'est perceptible avant mi-2003. Le taux de chômage (6,6%) et le nombre de salariés mis au travail partiel (4000) ont tous deux doublé en un an.

Johann Schneider-Ammann, président de Swissmem, s'inquiète du tassement de la productivité, actuellement stagnante, tandis qu'elle croissait de plus de 2% dans les années 60. L'industrie n'ayant aucune prise sur la crise mondiale des investissements et le franc fort pesant sur un secteur qui exporte les trois quarts de sa production, améliorer la compétitivité des entreprises suisses est la seule issue, juge-t-il avant de conclure: «Des charges financières supplémentaires dues au renouvellement de la convention collective (CCT) sont hors de question.»

Compte tenu des revendications syndicales présentées en septembre, quatre lignes de fracture se dessinent:

1. Salaires. Les syndicats demandent l'introduction de seuils minimaux pour toute la branche (le salaire moyen y est de 6000 francs). Swissmem rétorque que «la grande autonomie des entreprises fait partie des forces traditionnelles de notre CCT». Les représentants des salariés veulent aussi introduire au niveau national la compensation intégrale du renchérissement. Chiffres à l'appui, Swissmem juge que c'est inutile puisque, entre 1990 et 2002, les salaires nominaux ont augmenté plus vite que le coût de la vie.

2. Licenciements collectifs. Les syndicats souhaitent négocier directement avec les employeurs pour élaborer des solutions préservant les emplois. «Nous ne voyons pas de nécessité à élargir davantage les possibilités d'intervention des associations», dit Johann Schneider-Ammann. Les syndicats veulent également rendre les plans sociaux obligatoires, la Suisse étant en retard sur la plupart de ses voisins. Les employeurs réclament «de la souplesse».

3. Temps de travail. La CCT négociée en 1998 a introduit la flexibilisation annuelle du temps de travail (base: 2080 heures), indispensable pour absorber les aléas de la conjoncture selon Swissmem, exagérée selon les syndicats qui jugent les heures supplémentaires «beaucoup trop bon marché». Ils réclament également une réduction du temps de travail que les employeurs refusent avec force: les employés du secteur bénéficient déjà de 25 jours de vacances, 27 dès 40 ans, 30 dès 50 ans (plus 9 jours fériés), souligne Swissmem.

4. Retraite anticipée. Sans fixer d'exigence précise, la FTMH la met «en tête des revendications sur le plan de la durée du travail». «Des solutions au niveau de la branche n'entrent pas en ligne de compte», affirme Johann Schneider-Ammann.

Songeant sans doute à la récente grève des ouvriers du bâtiment, le président de Swissmem enchaîne sur un avertissement: «Je n'accepterai pas de négociations dans la rue.» A quoi Beda Moor, membre du comité directeur de la FTMH, répond: «Nous avons toujours négocié à table, mais l'expérience nous montre que ce sera difficile.»