Les Suisses sont de grands bricoleurs. Ils dépensent bon an, mal an, près de 5 milliards de francs en matériel d'aménagement pour la maison et le jardin, se classant ainsi en deuxième position européenne pour les dépenses par habitant, juste derrière l'Allemagne. Un marché en pleine expansion qui commence à susciter la convoitise des géants européens de la branche, dont les marchés nationaux approchent la saturation. Ainsi le groupe allemand Hornbach Baumarkt AG, qui, d'après les informations du journal Lebensmittelzeitung, prévoit de développer ses activités en Suisse d'ici la fin de l'année. Contactés, les responsables de Hornbach ont confirmé avoir des plans d'expansion en Suisse, mais ont refusé d'en préciser les détails. Le journal allemand indique cependant que Hornbach estime «réaliste» l'ouverture de huit surfaces de vente. La première pourrait voir le jour au plus tard l'an prochain, peut-être même cette année encore, et se situera quelque part entre Lausanne et Genève. Avec la création de plusieurs emplois à la clé, confirme le groupe.

«Potentiel inexploité»

Le numéro trois allemand, dont le chiffre d'affaires atteint les 2 milliards de francs, estime en effet qu'il existe «un grand potentiel de clients encore inexploité pour le Do-it-yourself» en Suisse. Hornbach marche ainsi sur les pas de son concurrent et compatriote OBI, leader du marché Outre-Rhin. Celui-ci s'est associé à Migros, numéro trois du secteur en Suisse, pour ouvrir en mars dernier une première filiale près de Bâle. Entre six et huit autres centres sont prévus dans les trois prochaines années, selon Alfredo Schiliro, porte-parole du géant orange. «Il y a une claire tendance à la hausse sur le marché du bricolage», explique ce dernier. «De plus, celui-ci a évolué, il s'est professionnalisé». La Suisse reste en retard sur ses voisins européens dans ce domaine. L'offre actuelle y est plutôt orientée vers le petit bricolage. Or la tendance est à la création d'un nombre réduit de très grandes surfaces, avec un choix très étendu et professionnel. Les points de vente Hornbach, tous comme ceux de Obi, comptent pas loin de 50 000 articles, sur des surfaces mesurant entre 8 et 10 000 mètres carrés. «Nous allons assister à une redistribution du marché», estime Alfredo Schiliro. Tous les acteurs de la branche se pressent au portillon pour s'assurer une part dominante de la nouvelle donne. Le groupe Jumbo, numéro un en Suisse avec un chiffre d'affaires de 480 millions de francs, prévoit de compléter ses 37 points de vente brico-loisirs par des mastodontes de 7500 mètres carrés. Le numéro deux, Coop, n'est pas en reste: d'ici l'an 2005, il prévoit d'ajouter 25 magasins de grande surface à ses 43 points de vente actuels. Grands perdants de cette «professionnalisation» du bricolage: les petits artisans, à qui la prolifération d'outils et de matériaux toujours plus performants et faciles à utiliser risque de faire perdre une partie de leurs clients.