Nextrom continue à souffler le chaud et le froid. Mardi, le premier fournisseur mondial de services et systèmes de fabrication pour câbles, tubes et films plastiques basé à Ecublens annonçait en effet une explosion des entrées de commandes lors de son dernier exercice, sans toutefois tenir ses promesses en termes de rentabilité. Après avoir connu une année 1999 particulièrement difficile, se soldant par une perte nette de 47,6 millions, la compagnie terminait son premier semestre 2000 dans le rouge, avec un résultat négatif de 12 millions. Elle annonçait toutefois une certaine amélioration, avec un retour à l'équilibre prévu sur les six derniers mois de l'année. La communauté financière doit aujourd'hui déchanter. En raison de gros problèmes rencontrés sur son site de Toronto en passe d'être vendu, Nextrom a encore enregistré des pertes opérationnelles au deuxième semestre 2000. A ce stade, les responsables du groupe n'ont pas voulu être plus précis, mais les analystes estiment qu'elles devraient être comparables aux 3 millions annoncés à fin juin.

«Ce n'est pas tellement le chiffre qui compte, commente Pierre Tissot, de Lombard Odier & Cie, mais bien plutôt le fait que Nextrom n'est encore pas en mesure de dégager des profits. Dans ce contexte, la restructuration annoncée en automne dernier, qui consiste pour le groupe à concentrer ses activités exclusivement sur le marché porteur de la fibre optique, répond certainement à une logique compréhensible. Mais le management doit encore démontrer ses capacités à remettre la compagnie sur les rails.» D'autant que les pertes accumulées depuis trois ans continuent de grignoter les fonds propres de Nextrom – de 78 millions à fin 1999 – et que le bilan est lourdement pénalisé, avec un ratio dette sur fonds propres de 178%, laissant présager une nouvelle augmentation de capital en cours d'année. Le marché a d'ailleurs lourdement sanctionné la nouvelle en ouverture de séance, les titres Nextrom perdant 10% de leur valeur pour finalement clôturer à 245 francs (–3,9%).

Commandes record

Pour l'ensemble de l'exercice, le groupe a réalisé un chiffre d'affaires de 359 millions, contre 330 millions à fin 1999. Cette évolution positive est essentiellement redevable aux opérations développées par Nextrom dans la fibre optique, avec des ventes en hausse de 50% à 150 millions. Les autres secteurs d'activités ont subi une situation marquée par la baisse des demandes en biens d'équipement, à l'exception des opérations dans la branche télécom cuivre. Plus encourageant encore, les entrées de commandes en 2000 ont atteint le record de 496 millions, contre 328 millions lors de l'exercice antérieur. A fin décembre, Nextrom disposait ainsi d'une réserve de travail de 264 millions, comparés aux 127 millions un an plus tôt. Là aussi, c'est la division fibre optique qui accapare l'essentiel de la croissance, avec une hausse des entrées de commandes de 133% à 279 millions de francs. Pour les responsables du groupe, cette évolution vient confirmer le bien-fondé des options stratégiques retenues. «Il est vrai que l'état du carnet de commandes représente une lueur à l'horizon, poursuit Pierre Tissot. Mais il faudra qu'elle se concrétise par des bénéfices.»

Sur ces bases, les dirigeants sont en effet nettement plus confiants pour l'exercice en cours. Selon Jouni Heinonen, président de Nextrom, l'année 2001 devrait être positive, du moins au niveau opérationnel. En attendant, les désinvestissements se poursuivent. Les sites finlandais et d'Ecublens, comme celui de Toronto, devraient changer de mains dans un proche avenir. Ce qui ne signifie pas un arrêt de la production, bien au contraire. Mais le siège du groupe va quitter Ecublens pour une autre location vaudoise.