Equant a longtemps été le cauchemar de France Télécom (FT). Sa filiale, spécialisée dans les communications des multinationales, a perdu plus de 2,1 milliards de francs entre 2001 et 2004. En 2005, FT déboursait 868 millions de francs pour en prendre le contrôle à 100%. Depuis, les comptes d'Equant sont fusionnés à ceux du groupe, et la société semble aller mieux. Equant vient de signer des contrats avec Universal Music Group, Landis & Gyr et le suédois Getinge. Equant n'a plus changé de CEO depuis août 2005, alors que trois directeurs s'étaient succédé depuis fin 2002. Le groupe compte aujourd'hui 9300 employés, 3700 clients, 152000 connections et un réseau mondial de fibre optique. En Suisse, selon le magazine ComputerWorld, Equant réalise un chiffre d'affaires annuel de 200 millions de dollars. Interview du directeur suisse de l'opérateur, Serge Adam.

Le Temps: Que représente aujourd'hui la Suisse pour Equant?

Serge Adam:C'est un marché très important vu la présence forte ici de multinationales. Nous y comptons par exemple comme clients Zurich Financial Services, Caterpillar, Givaudan, Swiss Re ou JT International, la filiale internationale de Japan Tobacco. Nous employons 260 personnes en Suisse, dont 160 à Genève et 100 à Zurich.

- Avec des prix en baisse de 8 à 10% par an, le marché des télécoms pour entreprises semble très difficile...

- Oui, la pression sur les prix est importante, mais notre industrie traverse aujourd'hui une mutation profonde. Dans les années 90, nous étions mandatés par un client pour assurer une liaison entre Genève et New York, point. En 1999-2000, lors de notre âge d'or, nous ne vendions ainsi que des lignes. Puis nous avons dû brusquement migrer vers les services, à l'image d'un IBM qui, s'il n'était pas entré sur ce marché, n'aurait pas survécu.

- Quels types de services?

- Il nous faut gérer des services de messagerie, assurer la sécurité des données, installer et gérer des boîtiers et des machines dans les locaux des clients... Autant de services qui nous placent aujourd'hui sur le terrain de l'informatique - d'ailleurs, les communications transitent de plus en plus via IP, ce qui nous permet de proposer de nouveaux services comme fusion entre le répondeur et la messagerie électronique, la vidéoconférence ou la mobilité des numéros.

- Quelle est l'importance de la vidéoconférence?

- Nous n'en sommes qu'à ses débuts, au niveau professionnel. Mais la vidéo haute définition commence à progresser, notamment pour les messages diffusés par certains directeurs à leurs employés. De plus, le nombre de liaisons vidéo par satellite augmente.

- Equant vient de signer un accord avec Universal Music Group pour gérer toutes ses communications. L'outsourcing devient-il de plus en plus important?

- Oui. Nos clients ne veulent plus prendre eux-mêmes des décisions relatives à leur équipement télécoms et informatique, des décisions cruciales pour leur avenir. De plus, les directeurs financiers veulent que les coûts liés à l'IT soient prévisibles sur les 3, 5, voire 10 ans à venir. Enfin, comme nous rachetons certains actifs de nos clients pour les gérer, cela leur fournit du cash.

- Equant n'a cessé de perdre de l'argent. Comment redresser la barre?

- Equant redresse la tête, via notre pleine intégration dans le groupe France Télécom, ainsi que le lancement en 2005 du plan NexT, qui vise d'ici à 2008 à devenir l'unique opérateur intégré global et à proposer ainsi des services intégrés. Nous sommes en train de proposer des services convergents à nos clients, en collaboration avec Orange (téléphonie mobile) et Wanadoo (accès à Internet). A terme, nos clients pourront avoir accès au même poste de travail partout dans le monde, via un réseau mobile ou fixe.

- Mais vous avez face à vous des géants tels BT, MCI ou AT & T qui sont ambitieux...

- En Suisse, d'après des publications spécialisées, notre chiffre d'affaires est trois fois plus important que celui de BT. Au niveau mondial, la concurrence est vive sur le marché des multinationales. Mais aucune autre société ne propose une palette d'offres aussi large.