Le presque krach du dollar fait des heureux dans les salles de marché. «Un cambiste de la place genevoise perdait encore 1 million de dollars mi-octobre, raconte Alessandro Mauceri, directeur du gérant alternatif Capital Management Advisors à Genève. La récente envolée de l'euro lui a permis de rattraper toute sa perte.» Ce trader a eu chaud. Il n'est pas au bout de ses peines. Malgré le retour dans les chiffres noirs, il doit se débrouiller pour boucler son budget annuel.

Le mouvement débuté le mois dernier s'est avéré déterminant pour les cambistes. La devise européenne est sortie par le haut de la fourchette dans laquelle elle évoluait depuis de longs mois. L'euro est passé de 1,24 à plus de 1,332 dollar en à peine six semaines. Un phénomène qui a provoqué une forte hausse des volumes échangés. «Inquiets, les clients investis en actions ou en obligations américaines couvrent leur exposition au dollar, raconte Jean-Marc Sabet, directeur chez Acies Asset Management à Genève. De plus, les spéculateurs s'engouffrent dans la brèche pour profiter d'une tendance à nouveau claire.»

En fait, les échanges avaient déjà commencé à se redresser dès la fin de l'été. «Les volumes ont augmenté de 30 à 40% au cours des trois derniers mois», souligne le chef cambiste d'une banque privée genevoise. Un phénomène qui fait saliver les financiers. La hausse des échanges va doper les résultats des salles des changes. Il précise, enthousiaste: «A vue de nez, les budgets pour 2004 seront en moyenne dépassés de 20% cette année.»

Des fonds alternatifs dynamisés

Le sien doit se trouver dans la norme genevoise. Les cambistes doivent engranger entre 1,5 et 2,5 millions de dollars par an. Un montant qui doit être «extrait» jour après jour des marchés de devises. Cet objectif reste inférieur à celui des spécialistes basés à Londres ou New York. «Là-bas, les cambistes des banques d'investissement doivent ramener environ 5 millions de dollars par an», souligne Alessandro Mauceri.

Cette différence de budget s'explique par les flux financiers. Les traders des banques d'affaires anglo-saxonnes servent d'intermédiaires lorsque les fonds d'investissement (alternatifs, de pension, etc.) ou les industriels doivent acheter ou vendre des devises. Ils sont aux premières loges pour détecter les tendances. «Ils peuvent plus facilement se positionner en conséquence», confie le financier. Un perchoir doré qui gonfle les objectifs à atteindre, mais permet aussi de toucher de gros salaires. «Entre 500 000 et 700 000 dollars par an pour les plus talentueux», estime-t-il.

En brisant le plafond de 1,245 dollar le mois dernier, l'euro a aussi fait le jeu des fonds alternatifs axés sur les monnaies. Ils sont souvent pilotés par des traders qui spéculent sur les devises, à la hausse comme à la baisse. Ces véhicules d'investissement avaient connu une année difficile jusqu'à mi-octobre. «Beaucoup de hedge funds abandonnaient de 5 à 10% depuis janvier faute de tendance claire, relève Alessandro Mauceri. La nette baisse du dollar leur a permis de se remettre à flot en six semaines à peine.» Un dernier défi les attend: dégager des profits d'ici à fin décembre pour satisfaire leurs investisseurs. La fin de l'année s'annonce tendue.