Ce joli ensemble saumon vous fait de l'œil à la veille des Fêtes? Pour les vacances blanches, vous vous laisseriez bien tenter par ces raquettes dernier cri? Les nouvelles cartes de crédit, dites gratuites - sans cotisation annuelle serait un terme plus approprié -, ouvrent de nouveaux horizons à la consommation.

«Le client ne se pose plus la question de savoir s'il veut une carte de crédit, on la lui offre sans savoir s'il a les reins suffisamment solides pour la supporter», souligne Nadia Thiongane, économiste à la Fédération des consommateurs (FRC). Cette dernière salue néanmoins la concurrence accrue dans le secteur. Après Coop, Migros, Jelmoli et Orange (carte disponible dès le 27 novembre), UBS a lancé son offre «de base» cette semaine.

D'autres banques devraient lui emboîter le pas. «C'est clair que nous évaluons le marché et explorons les besoins de nos partenaires bancaires, précise Ludovic Bauer, responsable marketing chez Viseca, émetteur pour les établissements cantonaux entre autres. Si certaines banques veulent des produits similaires, nous pourrons les lancer.» Ainsi, la Banque Cantonale Vaudoise (BCV) reste évasive mais indique qu'une réflexion est actuellement menée dans le cadre de son partenariat avec Viseca. «Une décision sera communiquée prochainement», assure Christian Jacot-Descombes, son porte-parole.

Car une clientèle est à prendre. La Supercard MasterCard de Coop compte déjà quelque 115000 titulaires. Quant à son concurrent direct, qui lance son offre lundi, il se montre ambitieux. «Nous voudrions atteindre les 400000 clients», a indiqué vendredi Martina Bosshard, porte-parole du géant orange.

Ainsi, l'offensive de la grande distribution va banaliser le recours aux cartes de crédit. Alors que le taux de pénétration est important en Suisse - 3,5 millions d'unités en circulation -, le taux d'utilisation reste faible. «Mais cela va augmenter maintenant que les cartes sont acceptées dans les grands magasins, estime Axel Langer, porte-parole de UBS. Jusqu'à présent, elles étaient plutôt utilisées pour des biens particulièrement chers ou pour des règlements à l'étranger. Demain, l'usage pourrait devenir quasi quotidien. C'est pourquoi nous voulions proposer un produit qui réponde à cette nouvelle configuration.»

L'exemple des pays environnants montre que le transfert vers le tout gratuit ne s'opérera pas pour autant. La première banque helvétique ne s'attend d'ailleurs pas à un glissement important de ses clients vers sa nouvelle offre. «Au Royaume-Uni, il existe un certain nombre de cartes à bas prix, mais les cartes payantes n'ont pas pour autant disparu, fournissant des services à valeur ajoutée aux clients, souligne Joerg Metzelaers, responsable pour la Suisse chez Visa Europe. La carte Infinite de Visa s'accompagne par exemple d'un service de conciergerie.»

Tout le monde s'accorde à dire que ces cartes permettent de fidéliser la clientèle et offrent un bon canal marketing. «L'introduction de la M-Budget MasterCard rend notre programme M-Cumulus encore plus attractif, relève la porte-parole de Migros. En plus nous espérons que la carte aidera à augmenter notre chiffre d'affaires dans les supermarchés.» Certains s'interrogent néanmoins sur la rentabilité pour les émetteurs. Notamment parce que le consommateur suisse a pour habitude de payer directement sa facture et n'utilise que très peu la fonction «revolving credit». C'est-à-dire la possibilité de retarder les échéances de paiement contre des taux d'intérêt élevés (entre 9,9 et 15% dans les nouvelles offres, voir tableau).

«A mon avis, les émetteurs des cartes Migros et Coop vont d'abord utiliser ce produit pour attirer de nouveaux clients et ensuite, ils devraient pousser cette fonctionnalité», analyse Ludovic Bauer, qui ajoute qu'au Royaume-Uni ou en Hollande, la majeure partie des recettes provient justement du revolving credit. La pratique est également très courante en Espagne, au Portugal et en Turquie, selon Visa Europe.

Pour la Suisse, cette nouvelle segmentation du marché pourrait bouleverser la culture du paiement. Cet accès facilité au crédit inquiète d'ailleurs la FRC. «Les conditions d'octroi de ces nouvelles cartes sont trop basiques, regrette Nadia Thiongane. On se contente du revenu annuel et du loyer du futur client. Le risque, c'est que les jeunes surconsomment et tombent dans le surendettement.»

La Banque Cantonale de Genève (BCGE) se soucie de cette problématique et lancera, en collaboration avec Viseca, son offre PrePaid en janvier 2007. «Sur le principe de la téléphonie, illustre Nicolas de Saussure, porte-parole de la BCGE. C'est-à-dire une carte de crédit que l'on charge d'un montant prédéfini à l'avance.» Plusieurs autres banques cantonales la proposeront également.