Pour la première fois l'an dernier, Ikea a dépassé Pfister. Son exercice clos fin août 2004 affichait un chiffre d'affaires de 555 millions de francs (+11,7%) soit 5 millions de mieux que Pfister à fin 2003. Migros reste le No 1 suisse avec des ventes totales de 602 millions de francs (Micasa + Interio), mais cette position de leader est menacée. Christe Granstrand, directeur d'Ikea Suisse, anticipe «une belle augmentation du chiffre d'affaires» pour l'exercice qui se termine dans quelques jours, alors que la branche du meuble stagne ou régresse en Suisse en 2005 (LT du 27 juillet).

Le groupe suédois poursuit son d'expansion. Quatre nouveaux magasins s'ajouteront à terme aux six existants. Et dimanche, il a annoncé une «baisse spectaculaire» des prix qui les ramènera «à leur niveau le plus bas jamais atteint depuis 33 ans» que l'entreprise a ouvert en Suisse. Certains produits seront vendus «jusqu'à 50% moins cher par rapport au dernier exercice».

Ce faisant, Ikea réagit aussi à une étude de l'Université de Zurich, répercutée par Blick, montrant que le prix de ses articles est en moyenne 27% plus élevé en Suisse qu'en Allemagne. Christer Granstrand explique la stratégie du groupe.

Le Temps: La baisse des prix annoncée «correspond à un investissement de plus de 30 millions de francs» pour les douze prochains mois. Qu'est-ce que cela représente, en pour-cent et en moyenne pour l'ensemble de votre gamme?

Christe Granstrand: Presque 5%. Limer les prix est notre politique constante, c'est dans nos gènes. En dix ans, ils ont diminué d'environ 15%. Cette baisse figure néanmoins parmi les plus importantes que nous ayons jamais annoncées.

– Comment y arrivez-vous?

– Comme entreprise globale totalement intégrée, nous choisissons nos matériaux bruts, comment nous traitons les forêts: les autres n'ont pas le contrôle là-dessus. Notre assortiment de 8500 références environ est le même dans le monde entier, nous nous concentrons sur ce qui est commun à tous, pas sur les différences. Nous pouvons décider de tripler le volume des ventes dans une gamme et adapter en conséquence l'approvisionnement, le design, la production, le marketing et la décoration des magasins. Nous revisitons chaque élément de la chaîne. Certains de nos produits existent depuis des années, mais la façon de les fabriquer a beaucoup évolué.

– Sur quel secteur portera votre effort?

– Une grande partie de l'investissement concerne les chambres à coucher. Nous y étions moins forts qu'ailleurs. Or ce lieu accueille aujourd'hui des activités diverses, devient un coin à lire, un coin TV, etc. Nous adaptons nos articles en conséquence. Nous avons aussi consenti un effort particulier sur les matelas, un élément qui était dominé jusqu'ici par les marques locales.

– Où vous approvisionnez-vous pour produire moins cher?

– La tendance va vers la Chine (ndrl: 31% des achats en 2004), ce qui correspond aussi au développement de nos ventes dans ce pays. Nous allons aussi ouvrir notre premier magasin au Japon.

– Où en êtes-vous de vos projets en Suisse?

– Nous restons déterminés à faire aboutir le projet de Vernier, qui se développe selon la procédure. Le Tribunal fédéral tranchera, en principe cet automne, à propos de Spreitenbach. Nous voulons également ouvrir à Lucerne et, j'espère bientôt, à Saint-Gall. Mais s'il y a une chose que j'ai apprise depuis quatre ans que je dirige Ikea Suisse, c'est à y être prudent sur les dates.