Perspectives

Plus que la Chine, l’Inde tire la croissance mondiale

Les investissements étrangers et les réformes ont dynamisé l’économie indienne. Le FMI lui prévoit une croissance de 7,3% en 2018-2019. Désormais, le sous-continent remplace la Chine dans le rôle de moteur de l’économie mondiale

Selon la légende, l’Inde, tel un éléphant, avance, mais lentement. Mais voilà, dans les mots de Ranil Salgado, chef de mission du Fonds monétaire international (FMI) pour le sous-continent, «le pachyderme s’est mis à courir».

En effet, dans son dernier rapport sur l’économie indienne publié mardi, l’institution financière prévoit une croissance de 7,3% pour l’année financière 2018-2019, contre 6,7% pour l’exercice précédent. Au suivant, elle augmentera même à 7,5%. «L’introduction d’une taxe nationale sur la vente des marchandises et des services et le flux d’investissements étrangers ont dynamisé le pays, souligne Ranil Salgado dans le rapport. L’Inde doit poursuivre la modernisation de son économie pour rester sur la voie de la croissance et aider ses 1,3 milliard d’habitants à sortir de la pauvreté.»

L’Inde reste un pays pauvre

Avec une croissance de 7,3%, l’Inde dépasse la Chine qui, selon les prévisions du FMI, espère atteindre 6,5% en 2018. Avec une part de 15% du taux de croissance global, elle reprend le rôle de moteur de l’économie mondiale qui a été durant des années celui de son grand voisin. «Je m’abstiendrais de faire la comparaison entre les deux pays, intervient Amit Joshi, professeur d’économie à la haute école de management IMD à Lausanne. L’Inde a débuté la libéralisation économique beaucoup plus tard que la Chine où, par ailleurs, l’Etat centralisateur impose ses choix stratégiques.»

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La différence entre les deux pays est justement visible si l’on compare le revenu par habitant par année, un indicateur qui reflète mieux le niveau de vie. Selon le FMI, celui d’un Indien s’élève à 2000 dollars, contre 7000 pour un Chinois. «La disparité de revenu parmi les 1,3 milliard d’Indiens est énorme, poursuit le professeur Joshi. Il n’y aurait pas plus de 100 millions de personnes ayant un pouvoir d’achat significatif.» Et de faire remarquer que l’Inde est un pays majoritairement rural avec un faible revenu.

Même des capitaux chinois

«L’évaluation faite par le FMI est tout de même une bonne nouvelle», s’exclame le professeur de l’IMD. Selon lui, la chance a souri au pays ces dernières années: d'abord, les deux dernières moussons ont été bonnes et les récoltes abondantes. Ensuite, les investisseurs étrangers sont toujours attirés par les bonnes perspectives de l’économie indienne ainsi que par un marché intérieur dont le potentiel est loin d’être exploité. «Les entreprises américaines et européennes disposent de beaucoup de liquidités et cherchent des opportunités à l’étranger, affirme Amit Joshi. Même les sociétés chinoises investissent dans les start-up indiennes.»

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Un signe qui ne trompe pas en matière d’investissement: depuis le début de l’année, l’indice Sensex du Mumbai Stock Exchange, la bourse indienne, enregistre parmi les meilleurs gains en Asie, soit près de 10%. Les autres grandes places financières ont, pour la plupart, plongé. Shenzhen et Shanghai, par exemple, ont cédé respectivement 16% et 21%.

Environ 250 entreprises suisses en Inde

Toutefois, la bonne tenue de l’économie indienne ne va pas sans risques. Ranil Salgado du FMI craint qu’une hausse démesurée des prix des produits pétroliers, dont l’Inde est un importateur net, ne vienne casser la dynamique. Il met aussi en garde contre le ralentissement économique mondial qui finira par arriver et la fuite des capitaux étrangers.

Pour le professeur Joshi, un changement de gouvernement à l’issue des élections générales de 2019 pourrait bouleverser ses orientations stratégiques. «Selon les sondages, cette éventualité est toutefois faible, nuance-t-il. Le risque est que le gouvernement en place freine les réformes et adopte des mesures électoralistes, ce qui pourrait faire dérailler l’économie.»

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En Suisse, le Secrétariat d’Etat à l’Economie (Seco) est, comme le FMI, optimiste sur l’économie indienne. Dans sa note interne, il met en exergue le fait que le pays a une population jeune, un revenu en constante augmentation, une économie intégrée au marché mondial et que le gouvernement du premier ministre, Narendra Modi, s'est engagé à améliorer les conditions-cadres. A présent, quelque 250 entreprises suisses sont installées en Inde.

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