On le sait depuis longtemps, les employés de Google disposent de 20% de temps libre pour réaliser des projets différents de ceux de leur travail habituel. L’un d’eux, Doug Rinckes, a investi ce temps pour un projet bien particulier, et a priori sans lien direct avec l’activité de son employeur. Récemment de passage à Lausanne, ce Néo-Zélandais a présenté «Plus Codes», une innovation permettant à chaque Terrien de disposer d’une adresse postale.

Employé depuis neuf ans dans le centre de recherche de Google à Zurich, Doug Rinckes a découvert qu’une grande partie des Terriens ne disposait pas d’une adresse physique et postale. «On estime que 4 à 5 milliards de personnes ne possèdent pas d’adresse. Et 2 milliards d’humains vivant dans des villes n’en disposent pas, ce qui est assez incroyable», explique l’ingénieur. Ce qui est considéré comme anormal en Suisse ou en Nouvelle-Zélande est vu comme normal dans des pays d'Afrique ou d'Asie. Et cela cause de nombreux problèmes. «Si vous avez un problème de santé, comment allez-vous indiquer à l’ambulance où venir? Avoir des adresses est aussi important pour la planification urbaine, pour simplement ouvrir un compte en banque…»

Gratuit et universel

Du coup, l’ingénieur cherche un moyen de remédier à ce problème durant ses 20% libres. Son projet est approuvé par la hiérarchie, il constitue même une petite équipe et y travaille à temps plein durant une année, pour donner naissance à Plus Codes. «Nous avons cherché à créer un système d’adresse totalement gratuit et que personne ne pourrait contrôler ou débrancher. Un système universel, sans aucune restriction, sans limite de temps», explique Doug Rinckes.

L’homme aime l’idée des containers successifs: la Suisse, puis Lausanne, puis un nom de rue, etc. Il y a certes les coordonnées GPS, mais elles sont relativement complexes à assimiler. Du coup, Doug Rinckes songe à découper la Terre en grands rectangles, de plus en plus petits. Ce quadrillage débute, de manière globale, avec neuf lignes et 18 colonnes. Puis chacun de ces rectangles est subdivisé en 20 lignes et 20 colonnes, et ainsi de suite. Les quatre premiers caractères indiquent une zone d’environ 100 km sur 100. Il s’agit par exemple de 8GC2, indiquant une région de la Grèce. En ajoutant d’autres caractères, par exemple CMXR + X6, on parvient à une zone de 14 mètres sur 14. Si besoin, une précision de 3 x 3 mètres est disponible. L’adresse du Temps à Lausanne est ainsi 8FR8GJCP + JH.

Test au Cap-Vert

Google a créé l’adresse https://plus.codes/ pour trouver son adresse via ce nouveau calcul. Et il est possible, par exemple sur Google Maps, d’entrer une adresse Plus Codes pour retrouver un point précis sur la carte. Doug Rinckes le reconnaît sans peine, il n’est pas du tout certain que ce système soit à terme utilisé au niveau mondial. Mais Google a déjà travaillé avec Correios de Cabo Verde, l’organisme de tutelle de la poste du Cap-Vert. Sur ces îles, 90% des rues n’ont pas d’adresse. Une initiative nationale a été lancée pour attribuer aux résidents une adresse qui permette de distribuer le courrier.

Doug Rinckes estime que Plus Codes a des arguments pour réussir. Le système est gratuit, aisé à mettre en place et permet d’attribuer des adresses à des endroits extrêmement reculés, voire au cœur de mégalopoles, où l’architecture urbaine rend parfois l’orientation compliquée. Le système peut aussi être utilisé hors ligne et être imprimé sur papier. Reste à voir s’il percera dans les années à venir.