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Bâtiment de la Réserve fédéral à Washington. C’est elle qui définit les tests de résistance des banques américaines.
© Leah Millis/Reuters ©

Système financier

Plus de fonds propres peuvent inciter à prendre des risques

Les tests de résistance ont un effet paradoxal: ils augmentent et diminuent à la fois la prise de risque des banques. C’est ce que montre un article publié par deux professeurs assistants de l’Université de Lausanne

Augmenter les fonds propres des banques renforce la sécurité du système financier, en principe. C’est du moins l’idée qui a prédominé dans l’après-crise financière qui a vu nombre de pays adopter des réglementations bancaires plus strictes, dont les Etats-Unis avec la loi Dodd-Frank en 2011, incluant des exigences de capitaux bien plus importantes.

Or un établissement peut aussi «avoir tendance à prendre plus de risques si cette hausse de capital est trop élevée et n’est pas suffisamment liée aux risques qu’elle a pris jusque-là», explique Diane Pierret, professeure assistante du Swiss Finance Institute et de l’Université de Lausanne, qui vient de publier un article avec Roberto Steri, également professeur assistant dans les mêmes institutions.

De fait, plus les banques doivent renforcer leur assise financière, plus cela leur en coûte. Elles peuvent donc être tentées d’augmenter les risques pour obtenir de meilleurs rendements et compenser ce coût en finançant des entreprises ou des projets moins sûrs, ou en développant un trading plus agressif de dérivés ou autres actifs financiers. Les chercheurs partent des tests de résistance, ces examens annuels de la solidité des banques en cas de crise, pour montrer ces développements.

Effet paradoxal

Car ces tests ont un effet paradoxal. Ils augmentent la prise de risque puisqu’ils poussent à davantage de fonds propres. Mais ils la réduisent aussi en vérifiant régulièrement les investissements des banques, indiquent les professeurs qui se sont penchés sur le système financier américain où les banques soumises aux tests comptent des exigences de fonds propres à 6,8% de leurs actifs, contre 3% pour les banques qui n’y sont pas soumises. Ils ont constaté que le «rendement moyen du portefeuille de nouveaux prêts a augmenté pour toutes les banques après l’introduction de la loi. Puis les tests de résistance ont poussé les banques à réallouer leurs portefeuilles de prêts vers des emprunteurs plus sûrs.»

Pour Diane Pierret, la conclusion est claire: «Notre recherche ne doit pas être interprétée comme s’opposant à une meilleure capitalisation des banques. Mais plutôt que les exigences de fonds propres plus élevées ne sont pas suffisantes en soi. Elles doivent s’accompagner d’une surveillance des actifs risqués.»

Ce sont encore les Etats-Unis qui sont à la pointe dans ce domaine, du moins pour l’instant. Car l’administration Trump semble plus encline à limiter les ressources dédiées à ces examens sur la solidité des établissements financiers qu’à les augmenter. La Réserve fédérale met au point les tests avec ses propres modèles, de façon secrète pour éviter que les banques ne puissent s’y adapter. Contrairement à l’Europe, qui laisse les établissements définir les tests eux-mêmes. Quant à la Suisse, «c’est encore plus opaque, car il n’existe pas ou peu d’informations sur les banques. S’il y en a, elles sont publiées de façon agrégée et ne permettent pas de déceler des éléments révélateurs de la situation d’un établissement», explique Diane Pierret. Ce que les investisseurs seraient pourtant intéressés à savoir.

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