Le Conseil fédéral a approuvé en janvier le message sur l'encouragement de la formation, de la recherche et de l'innovation pour les années 2008-2011. Le Conseil des Etats va se pencher sur le dossier lors de sa session d'été. Il est réjouissant qu'après son hésitation initiale le Conseil fédéral ait décidé d'augmenter son engagement de 6% chaque année. Les 21 milliards de francs pour quatre ans - comprenant également les fonds nécessaires pour une participation à part entière de la Suisse au 7e programme-cadre de l'Union européenne (UE) pour la recherche et le développement - représentent un investissement absolument nécessaire pour l'avenir de la Suisse!

L'utilisation des moyens est aussi importante que la somme elle-même. Malgré l'augmentation budgétaire marquante à la formation professionnelle et aux hautes écoles spécialisées, la Confédération ne va pas remplir entièrement ses engagements soumis à une obligation légale.

Le fait que la répartition de l'argent par les cantons n'est toujours pas réglée représente actuellement le problème majeur dans la formation professionnelle, ce qui pourrait influencer négativement la motivation des entreprises à former des apprentis et, au niveau de la formation continue, remettre en question par exemple l'existence des écoles supérieures (privées). Le soutien pour les hautes écoles spécialisées est aussi serré, car l'intégration des nouvelles disciplines implique des investissements importants. Cependant, une certaine pression financière pourrait bien accélérer la création de priorités (adaptation de portefeuilles des écoles). La concentration des efforts devrait en même temps permettre de diminuer davantage les coûts par étudiant(e).

Les moyens prévus devraient suffire tant aux EPF qu'aux universités cantonales. Les limites budgétaires imposées pourraient être profitables aussi à ce niveau étant donné qu'une redéfinition de l'offre de disciplines et la création de priorités de recherche sont indispensables.

A première vue, les moyens prévus pour le Fonds national suisse et la CTI, l'Agence pour la promotion de l'innovation, semblent respectables. Il est bien connu que la Suisse excelle en tant que place de recherche mais que, par contre, elle ne peut absolument pas briller avec sa performance dans le transfert des résultats en produits innovateurs.

Cette faiblesse n'est pas seulement propre à la Suisse, mais il s'agit tout de même de la combler le plus rapidement possible! Il est par conséquent d'autant plus étonnant que les moyens octroyés au Fonds national, qui par rapport à la CTI peut compter traditionnellement sur un soutien financier bien plus généreux, vont une nouvelle fois être augmentés davantage à plus de 2,7 milliards de francs pour quatre ans, tandis que la CTI devra se contenter de 532 millions de francs. Ainsi, la différence de budget des deux institutions augmente encore plus! Cela ne contribue certainement pas à combler la faiblesse d'innovation en Suisse!

La CTI a besoin d'urgence de moyens financiers supplémentaires - pas seulement pour l'encouragement de projets individuels (action «bottom-up»). Autrefois, la Suisse disposait (avec succès) de programmes de recherche prioritaires. De tels «amorçages initiaux» pour l'ouverture de nouveaux champs de développement sont bons mais insuffisants, car le potentiel d'innovation ne peut pas être exploité sans une certaine continuité. Une durée de programme de quatre ans ne suffit pas; l'industrie à elle seule n'est pas en mesure de poursuivre les initiatives lancées.

Swissmem réclame pour la CTI un budget minimum de 600 millions de francs pour la période de 2008 à 2011: 150 millions chaque année pour l'encouragement de projets de coopération individuels - nationaux et internationaux (par exemple Eureka) -, pour le soutien des projets de transfert de technologie en cours ainsi que pour des consortiums R+ D et plates-formes comme ManuFuture, initiative pour le maintien de la place industrielle suisse. Le coaching et le soutien pour des jeunes entrepreneurs sont un complément bienvenu qui ne doit cependant pas devenir l'activité centrale de la CTI.

Dans le contact avec la société, les académies assument une tâche importante. Il est rationnel de regrouper autour d'elles le Centre d'évaluation des choix technologiques (TA-Swiss) ou la fondation Science et Cité. Malheureusement, la structure de l'organisation reste indéfinie. Une institution comme le Technorama à Winterthour mérite d'être soutenue. De tels «Science Centers», assurant le contact de la jeunesse avec le monde de la science et de la technique, sont une nécessité!

La diversité dans le secteur des coopérations internationales est énorme, la transparence, par conséquent, difficile. Tandis que nous ne pouvons renoncer à des institutions et coopérations comme l'ESA et le CERN, une analyse profonde de la situation paraît nécessaire - y compris la remise en question de la politique de recherche extérieure suisse.

Une comparaison entre les pays de l'OCDE démontre que la Suisse a un retard à combler concernant les prestations des pouvoirs publics. La qualité n'est pas garantie uniquement à l'aide des moyens, mais sans moyens suffisants, nous allons à long terme perdre des points par rapport à la concurrence des pays innovateurs.

En 2006, l'OCDE soulignait dans son rapport sur la Suisse qu'il était indispensable de renforcer la position de la CTI tant de manière organisationnelle que financière. Le budget du Fonds national est environ quatre fois plus important que celui de la CTI. En Finlande par exemple, le rapport est de 1:2, mais en faveur de la recherche appliquée (donc de la CTI)! Il est temps de corriger notre «cap d'encouragement» et de placer l'innovation au centre!

Le parlement s'est prononcé en faveur de la participation à part entière de la Suisse au 7e programme-cadre de l'UE, impliquant des investissements d'environ 1,3 milliard de francs pour les années 2008 à 2011. Swissmem salue cette décision tout en exigeant que cela ne se fasse pas aux dépens de l'encouragement de la recherche national. Une place intellectuelle et industrielle suisse compétitive doit toujours rester prioritaire. Le message du Conseil fédéral ne laisse pas la place aux économies!