Egalité

De plus en plus d’entreprises se fixent des objectifs de diversité

La patronne suisse d’IKEA, Simona Scarpaleggia, s’était fixé l’objectif d’attendre la parité dans les postes de direction. Une fois atteint, il a été étendu au groupe. D’autres s’imposent des quotas de femmes administratrices, cadres ou pilotes

Cet article fait partie de l'édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


L’entreprise est suédoise, mais l’initiative a commencé en Suisse, ou peut-être, inconsciemment en Italie. Se sentant comme une «extraterrestre» à ses débuts de cadre à IKEA Italie, Simona Scarpaleggia, une fois nommée à la direction de la filiale suisse du géant de l’ameublement, a voulu atteindre l’égalité homme-femme dans les postes de direction.

Objectif atteint

Un objectif «pas du tout difficile» à atteindre. Aussi parce que la responsable dit être partie avec «une bonne base – il y avait déjà des femmes cadres – et l’état d’esprit était favorable à cette politique». Qui a tellement bien fonctionné qu’elle a été étendue à l’échelle du groupe qui s’est aussi fixé l’objectif d’atteindre 50% de cadres féminins, de même que l’égalité salariale d’ici 2020. «C’est à la fois ambitieux et réjouissant, parce que cela signifie qu’on a déjà fait beaucoup de chemin», explique Simona Scarpaleggia. La filiale suisse du géant suédois a reçu une certification la présentant comme la première au monde à avoir atteint l’égalité dans les salaires et dans les postes de cadres.

Lire aussi: Avoir 50% de cadres femmes? «A Ikea, ce n’était pas difficile»

L’importance de la diversité dans les entreprises a déjà été démontrée par les études scientifiques, poursuit celle qui officie à Spreitenbach (AG), à quelques kilomètres de Zurich. «Elles ont montré qu’elles rendent le travail et la performance des employés meilleurs», explique-t-il, citant des études de Stanford et Harvard Business Review. «Ce qui donne clairement un avantage compétitif aux entreprises», assure l’Italienne, qui rappelle aussi que l’inclusion et la diversité permettent avant tout de créer un environnement de travail dans lequel les personnes réussissent parce qu’elles se sentent bienvenues, respectées, soutenues et appréciées.

UBS aussi

Au niveau politique, ce point de vue est partagé. Plusieurs pays ont introduit des quotas, qui obligent les entreprises à compter un certain nombre de femmes dans leur conseil d’administration et, plus rarement, dans leur direction générale. Le Conseil fédéral a également lancé un projet dans ce sens, suscitant une vive opposition de la droite et des associations faîtières d’entreprises.

Pourtant, les entreprises elles-mêmes se fixent de plus en plus d’objectifs, toutefois rarement aussi ambitieux que ceux d’IKEA. Toutes les entreprises, qui font partie de l’association Advance - dont UBS, Zurich, la NZZ, Deloitte, Swisscom, Raiffeisen, AXPO, La Poste, les CFF ou Adecco pour les Suisses et Google, McKinsey et Siemens pour les entreprises étrangères en Suisse – veulent compter 20% de femmes à tous les niveaux de managements d’ici 2020. Certaines d’entre elles annonceront d’autres engagements le 8 mars. Il faut dire qu’en Suisse, avec 6,7% des postes de cadres supérieurs occupés par des femmes, selon une étude de Credit Suisse, la marge de progression est grande.

La solution britannique

En Grande-Bretagne, plutôt que de se voir imposer des mesures, les plus grandes entreprises ont pris les devants. En 2011, le gouvernement leur a donné jusqu’en 2015 pour atteindre 25% de femmes dans leurs conseils d’administration. Faute de quoi, des vrais quotas, avec de vraies sanctions, seront introduits. Cette semi-loi a eu son effet: les administratrices sont passées de 12 à 26% et l’objectif a été relevé à 33% d’ici à 2020, tandis que les directions générales doivent viser les 20%.

Dans certains cas, il ne s’agit pas forcément de postes de direction, mais aussi de métiers où les femmes sont très peu représentées. Easyjet, par exemple, s’est fixé fin décembre dernier l’objectif de recruter au moins 20% de femmes pilotes d’ici 2020 après avoir nommé l’une des pionnières de la profession, ce qui a suscité une avalanche de candidatures féminines. D’après la société internationale des femmes pilotes, 3% seulement des pilotes de lignes dans le monde sont des femmes.

Indice des entreprises les plus diverses

Thomson Reuters a lancé un indice qui mesure l’inclusion et la diversité dans les entreprises. Les pharmas suisses, Roche et Novartis, y occupent la première et la troisième place, tandis que Nestlé, 13e, est la troisième suisse à figurer dans les 25 entreprises les mieux classées. On y trouve aussi Michelin (2e), Johnson & Johnson (4e), Elli Lilly (7e). La technologie se fait plus rare, à l’exception notamment de Cisco (9e) et Microsoft (22e).

Lire aussi: La liste des 100 entreprises les plus inclusives et diverses, selon Thomson Reuters

Simona Scarpaleggia estime que les objectifs sont un moyen important de mesurer le progrès, de façon transparente et visible, ce qui permet d’affaiblir les résistances. Elle rappelle cependant que «la diversité n’est pas un projet marginal que l’on peut mener à côté du reste. Elle doit être ancrée au cœur de l’organisation, dans sa culture et ses valeurs.»

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