INVESTISSEMENTS

De plus en plus de hedge funds songent à entrer en Bourse

Le marché londonien attire un nombre croissant de fonds alternatifs en quête d'une cotation. Mais ceux-ci se heurtent à des difficultés.

Cotera ou ne cotera pas? La question pend aux lèvres de toute la presse financière britannique. Poussés par l'espoir d'obtenir des valorisations attrayantes et encouragés par le succès du londonien RAB Capital, entré en 2004 sur le marché des investissements alternatifs (AIM), d'autres hedge funds lui ont emboîté le pas. Les entrées sur AIM en mars 2006 d'Absolute Capital Management et de Partners Group, un groupe suisse de gestion alternative, ont été suivies début avril par celle de Charlemagne Capital, spécialiste des marchés émergents soutenu par le gérant de fonds Jim Mellon.

De nombreux autres hedge funds comme Polar Capital et GLG font régulièrement l'objet de spéculation d'entrée en Bourse. Mais aucun d'eux n'a voulu faire de commentaire.

L'intérêt d'une cotation pour les hedge funds réside non seulement dans la rétention de leurs gérants les plus talentueux, en leur offrant de participer à des programmes de stock-options, mais aussi dans la possibilité de fournir une porte de sortie aux actionnaires existants, afin que ces derniers puissent réaliser leurs investissements.

Néanmoins, entrer en Bourse est loin d'être facile. Thames River Capital, une société de hedge fund spécialisée dans les fonds de rendement absolu, a récemment abandonné ses plans de le faire.

Les problèmes auxquels se heurtent les hedge funds, connus pour leur manque de transparence, sont principalement au nombre de deux: la difficulté pour les investisseurs de les valoriser et la contrainte pour les hedge funds de se soumettre à une réglementation boursière stricte.

Cotation des fonds

«Valoriser ces sociétés est toujours un exercice difficile», concède Narayan Naik, directeur du centre de hedge fund BNP Paribas à la London Business School. Et de citer, entre autres, leur manque fréquent d'historique, la cyclicité de leur industrie, la difficulté de prévoir leur potentiel de croissance, d'anticiper la manière dont les stratégies des fonds réagiront aux fluctuations du marché, ainsi que celle d'estimer les revenus tirés de la performance des fonds. Les gérants de hedge funds facturent en général à leurs clients 1 à 2% des avoirs gérés plus 20% de la performance annuelle des fonds. Mais comment valoriser ces sociétés face à des performances potentiellement aussi volatiles? Et comment être certain que la valorisation des hedge funds - en particulier celle des gérants directs de hedge funds (single hedge fund managers) - continuera d'être aussi attrayante si leurs «star fund managers» ont enfin la possibilité de réaliser leurs investissements et de quitter la société?

Andrew Hougie, partenaire auprès du cabinet d'avocats londonien Dechert LLP, ne pense donc pas que le nombre d'IPO des gérants directs de hedge funds explosera. En revanche, les cotations de fonds de hedge funds, perçus comme étant plus diversifiés et donc moins risqués, devraient rester populaires d'après lui. En ce qui concerne le deuxième point, AIM impose à ses participants potentiels - malgré sa flexibilité en comparaison avec le LSE - un certain nombre de contraintes. Comme celle de nommer un conseiller qui déterminera si la société est à la hauteur d'une entrée en Bourse. Ce dernier a également le pouvoir d'imposer d'autres contraintes que celles d'AIM, comme l'obligation de nommer des directeurs non exécutifs ou l'interdiction pour les directeurs et les actionnaires importants du groupe de vendre leurs actions pendant un ou deux ans, suite à l'entrée en Bourse de la société.

Face à ces exigences, Ben Simpson, Partenaire chez Withers LLP, n'hésite pas à le dire: «Nombre de gérants feraient mieux de se concentrer sur la performance de leur fonds et de conserver, dans le moyen terme, leurs capitaux au sein de leur entreprise.»

Les discussions en cours de la FSA, le gendarme boursier britannique, afin d'assouplir d'ici à la fin de cette année ses règles de cotation pour les sociétés d'investissement sur le LSE encourageront-elles davantage de hedge funds à se faire coter? La FSA elle-même n'en est pas certaine. Même assouplies, les règles du marché principal de la Bourse de Londres resteront une montagne à franchir pour les hedge funds en comparaison avec celles d'AIM, déjà perçues comme étant volumineuses.

Publicité