Dans un livre sur les fonds de placement qu'il a récemment publié aux Editions de la Neue Zürcher Zeitung, l'expert de ce secteur auprès de la Commission fédérale des banques évoque le «risque de taille» que peuvent courir ces produits financiers. Par «risque de taille», Matthäus den Otter entend celui qu'un fonds de placement soit trop petit en termes de fortune gérée pour pouvoir avoir une bonne répartition de ses risques à des coûts de transaction supportables. Par opposition, ce risque est aussi celui qu'un fonds de placement soit trop gros et qu'il paie sa taille par une impossibilité d'effectuer certaines transactions boursières sans que ces dernières aient un effet sur les cours des titres qu'il veut acheter. En clair, le risque d'un trop gros fonds est celui qu'il influence son environnement boursier par ses capacités de placement.

En général, c'est l'investisseur qui supporte le risque de taille. Pour l'éviter, Matthäus den Otter lui suggère donc d'accorder une attention soutenue à la taille du fonds où il veut investir. Et de citer les tailles minimales des fonds de placement dans lesquels il peut investir sans avoir – trop – de soucis. Pour les fonds en actions, l'expert de la CFB suggère une taille minimale de 50 millions de francs. Pour les fonds en obligations, cette taille passe à 100 millions et elle bondit à 200 millions dans le cas des fonds investis sur les marchés monétaires. Sous ces limites, estime cet expert, «les fonds de placement individuels ne peuvent pas gérer efficacement leurs coûts». C'est exactement cette problématique qu'aborde le consultant Fitzrovia dans une de ses dernières publications.

Spécialisée dans le calcul des TER (Total Expense Ratio), un indicateur qui exprime en pourcentage la totalité des coûts que doivent supporter les fonds de placement en sus des frais de gestion classiques, cette entreprise s'est penchée sur la relation entre les TER et la taille des fonds. Le résultat (voir le tableau ci-dessous) est édifiant. Pour le marché suisse, les fonds de placement qui ont des actifs inférieurs à 25 millions de dollars ont un TER moyen supérieur à 2%. Quand leur taille est inférieure à 5 millions de dollars, cet indicateur passe la barre des 3% alors que les coûts affichés de gestion représentent la moitié de ce niveau!

Pour Fitzrovia International, «la taille d'un fonds de placement peut donc avoir un réel effet sur les coûts annuels qui sont supportés par les investisseurs». Les résultats de cette étude, qui a porté sur un ensemble de plus de 900 fonds de placement commercialisés en Suisse, trahissent cependant un écart par rapport au TER moyen calculé, sans tenir compte de la taille, par ce consultant. Alors qu'il est de 1,86% dans ce dernier cas (voir le tableau ci-dessous), le TER moyen calculé à fin juin par Fitzrovia International pour 2282 fonds commercialisés en Suisse est de 1,119% par rapport à des frais de gestion moyens affichés officiellement par tous ces fonds de 0,87%. L'étude des TER par rapport à la taille des fonds mériterait donc d'être étendue à la totalité des instruments disponibles sur le marché.

Il n'en reste pas moins que, selon le responsable de cette entreprise Paul Moulton, «environ 250 fonds ne font pas de sens économique ni pour leurs promoteurs, qui en reçoivent peu de revenus en termes économiques, ni pour les investisseurs qui supportent des frais trop élevés». Et de conclure qu'ils devraient soit grandir, soit fermer «dans l'intérêt d'un marché efficient». La question est d'autant plus pertinente qu'avec plus de 2000 produits en vente, ce marché risque la saturation. En tout cas, pour choisir, les investisseurs font toujours plus appel à des intermédiaires dont les compétences ne sont pas gratuites. Ce qui pèse aussi sur le niveau moyen des frais des fonds.

Garantir une taille minimale

Paul Moulton signale cependant que tous les «petits» fonds ne sont pas hors de prix. La valeur indiquée pour ceux qui sont sous la barre des 5 millions de dollars est une moyenne. Dans certains cas, puisque les montants absolus sont faibles, les dépenses peuvent être faciles à contrôler. Dans d'autres, certains de ces petits fonds appartiennent à des instruments dits «parapluie» et peuvent compter sur un effet de vases communicants. Les segments plus importants du parapluie sont alors utilisés pour supporter les coûts proportionnellement plus élevés des autres segments. Par ailleurs, la taille d'un fonds peut parfois évoluer rapidement et le poids de ses dépenses diminuer alors proportionnellement. Une remarque qui vaut d'ailleurs dans le sens inverse, ce qui mène parfois à la fermeture d'un segment ou d'un fonds.

Reste la question des nouveaux fonds de placement dont on peut penser qu'ils doivent atteindre rapidement une taille respectable pour attirer les investisseurs. A ce propos, le jugement de Paul Moulton est fait: «Il serait appréciable que ces nouveaux produits limitent leurs coûts opérationnels annuels jusqu'à ce qu'ils aient atteint une taille suffisante. Une alternative à cela serait que les promoteurs des fonds alimentent la fortune de lancement de leurs produits avec leurs propres actifs pour garantir une taille minimale viable.»