Fintech

Plusieurs solutions de blockchain visent la Suisse

L’arrivée de systèmes de transactions décentralisés pourrait «cannibaliser» les services bancaires helvétiques. Mais la Suisse pourrait aussi se profiler en exportatrice de technologie financière

La blockchain n’est pas encore arrivée à maturité. Mais, face à l’émergence de cette technologie de transactions décentralisée, les banques affrontent un dilemme: «Cannibaliser leurs propres services ou prendre le risque de laisser passer le train», prévient Michele Forte. Le responsable fintech de ti&m s’exprimait à la mi-mars sur l’avancement du projet OTC Swiss Blockchain.

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La société informatique zurichoise ti&m a mis en place – en collaboration avec la Haute Ecole spécialisée de Lucerne, l’opérateur de la bourse suisse SIX et Swisscom – un système d’échange des produits de gré à gré (Over The Counter ou OTC) basé sur la blockchain. Ce module s’appuie sur la technologie blockchain mais permet de conserver un caractère bilatéral et confidentiel aux transactions. Contrairement à sa grande sœur, dans le logiciel de ti&m, seules les personnes autorisées peuvent décrypter l’identité des participants à la transaction.

Deux semaines par transaction

Objectif? Aider les banques à faire le pas de la blockchain via le marché OTC suisse, facile à comprendre et n’impliquant pas de grands volumes. Sur ce marché, où on échange encore paiements physiques et reçus au format papier, les avantages d’un système de transaction automatisé sont davantage visibles, notamment en termes de délais de clearing/settlement, soutient Michele Forte. «Une transaction peut y prendre deux semaines, alors qu’elle s’effectue en une minute sur notre plateforme

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Les spécialistes de ti&m admettent être encore en recherche de clients. Et, si ces derniers ne se pressent pas au portillon, c’est qu’ils développent également leurs propres solutions. Parfois chacun de son côté, d’autres fois regroupés en consortiums. Parmi les plus connus: l’Enterprise Ethereum Alliance regroupe quelque 500 entreprises actives dans la finance, l’audit ou les technologies informatiques. Ou le consortium R3, qui vient, grâce à 43 de ses membres, de récolter 107 millions de dollars afin de développer une alternative corporative à la technologie blockchain. Les banques UBS et Credit Suisse font partie des deux alliances.

La fin de la compliance?

Si la blockchain est devenue incontournable, c’est, pour Michele Forte, qu’elle va «rendre superflue la compliance». Grâce à la validation via les acteurs du système eux-mêmes (peer-to-peer), cette technologie permet d’éviter aux banques de devoir toutes réaliser leur propre analyse de conformité. Des procédures légales qui ont considérablement réduit les marges des banques, en particulier depuis l’édiction des directives sur les marchés d’instruments financiers Mifid II.

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Avocate spécialisée dans le droit bancaire et financier, Géraldine Badel Poitras ne partage pas cet enthousiasme. «La loi et la technologie ont toujours parlé deux langages différents. La blockchain ne va rien changer aux régulations contre le blanchiment d’argent», explique l’associée du cabinet genevois Gillioz Dorsaz & Associés. Car on entre facilement dans la catégorie professionnelle de l’intermédiation financière – requérant une licence de la Finma – avec une plateforme utilisant la technologie blockchain. «Le Conseil fédéral veut assouplir les règles pour la fintech. Mais il faudra toujours connaître ses clients et ses transactions.»

Exporter des services bancaires

Responsable du projet OTC Swiss Blockchain pour la Haute Ecole de Lucerne, Mathias Bucher préfère voir dans cette technologie des opportunités d’exporter des services financiers: «Je pense à des pays comme l’Inde, la Chine ou l’Indonésie, des marchés comptant une faible concentration de distributeurs automatiques et où la banque mobile (via smartphone, ndlr) a un immense potentiel. Il faudra être prêt.» De quoi vérifier si, en matière financière, le «Swiss made» est toujours porteur.


De mystérieuses chaînes de blocs

Pas facile de s’y retrouver dans le nouveau jargon technologique. Voici quelques éléments en guise de définitions:

Blockchain: Parfois confondue avec la monnaie virtuelle bitcoin, sa plus ancienne implémentation. La blockchain est en réalité un protocole de validation, une sorte d’immense registre comptable, ouvert, décentralisé et transparent, où les utilisateurs eux-mêmes valident les transactions, enregistrées dans des blocs et ajoutés les uns aux autres (block-chain).

Hyperledger: Une des alternatives B-to-B de la technologie blockchain, développée en 2015 par la Fondation Linux. Comme d’autres, ce consortium d’entreprises travaille sur des «blockchains privées» permettant de limiter l’accès aux données à des utilisateurs accrédités.

Ethereum: C’est, après le bitcoin, l’autre grande application de la blockchain. Développé à Zoug, ce protocole d’échanges s’appuie sur une monnaie, l’ether, et permet des smart contracts. Ces contrats intelligents contiennent un petit logiciel programmé pour en exécuter les termes sans l’intervention d’une personne. Intéressant pour éliminer les risques de fraude ou de tricherie entre deux parties.

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