Un prêt d’un demi-million de francs immédiat, avec pour garant la Confédération. C’est l’une des mesures annoncées vendredi par le Conseil fédéral pour venir en aide aux entreprises, à l’arrêt après la décision lundi des autorités de faire cesser toute activité non essentielle. Ce montant devrait couvrir les besoins de 90% des sociétés touchées, estime Berne. Les prêts relais garantis par la Confédération sont destinés aux entreprises solvables et pourront atteindre jusqu’à 10% du chiffre d’affaires, à concurrence de 20 millions (cautionnés à 100% pour les 500 000 premiers francs et à 85% au-delà). Au total, l’enveloppe débloquée pour ce programme atteint 20 milliards. «Nous voulons assurer leur viabilité à court et moyen terme», a insisté le ministre de l’Economie, Guy Parmelin, en conférence de presse.

«C’est indispensable, pour parer au plus urgent, soit le paiement des charges fixes comme les salaires, les loyers, d’ici à la fin du mois», souligne Fabio Regazzi, proposé à la présidence de l’USAM, la faîtière des PME. «C’est nécessaire pour passer le cap», renchérit Blaise Matthey, secrétaire général de la Fédération des entreprises romandes (FER).

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Un besoin urgent en liquidités dont témoignent également les banques, qui, depuis le début de la semaine, croulent sous les requêtes d’entrepreneurs inquiets. «Il n’y a pratiquement pas d’entreprises qui ne ressentent pas les effets de la crise», note Pierre-Alain Leuenberger, directeur général de la Banque cantonale neuchâteloise. «L’afflux de demandes est tel qu’il ralentit les autres activités commerciales de la banque», illustre Michael Williman, responsable de la clientèle entreprises pour la Suisse romande chez Credit Suisse. Même son de cloche du côté de Valiant ou de la Banque cantonale vaudoise. Toutes ont annoncé ces jours la possibilité pour les entreprises de suspendre l’amortissement des prêts. Tandis que l’Association suisse des banquiers a assuré de son soutien pour la mise en œuvre du programme de la Confédération.

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Hausse de l’endettement à prévoir

«Dans la plupart des cas, les entrepreneurs sont encore en phase d’analyse de leur propre situation et des moyens à leur disposition», constate Pierre-Alain Leuenberger. «Nombre d’entre eux puisent dans leur ligne de crédit existante, parfois inutilisée», observe Michael Williman. Les banques s’attendent désormais à une forte hausse de demandes de financements supplémentaires dans les semaines et mois à venir.

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Avec le danger pour les PME, qui composent l’essentiel du tissu économique suisse, de se retrouver lourdement endettées, alors que l’économie mondiale se dirige vers une récession. «Cependant, il faut dire que 60% de ces entreprises sont encore aujourd’hui sans crédit», relève Andreas Dietrich, directeur de l’Institut des services financiers de Zoug (IFZ), auteur d’une étude parue en 2017 sur la question. Le niveau d’endettement atteint 324 milliards (hypothèques incluses), contre moins de 300 milliards cinq ans plus tôt, selon des données de la BNS. Ces prêts sont à 70% contractés par des sociétés de moins de dix collaborateurs. Difficile de chiffrer précisément l’évolution de ces données, selon le chercheur, qui s’attend néanmoins à une forte hausse.

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«Mais il n’y a pas d’autre option», poursuit Andreas Dietrich. «Si les entreprises n’ont pas cet argent, elles ne survivront pas. Il est préférable d’avoir quelques dettes de plus, plutôt que de mourir», martèle Fabio Regazzi. «Tous les moyens doivent être mobilisés, pour se donner une chance», insiste Blaise Matthey.