Métraux, Gétaz Romang, LO Holding. Quel est le point commun de ces entreprises romandes? Elles sont toutes les trois cotées à la Bourse suisse. Mais, selon Bloomberg, elles ne sont suivies par aucun analyste financier. De nombreuses «perles» de la région sont délaissées par les spécialistes. Les établissements bancaires, qui les emploient, ne s'intéressent plus qu'aux grandes capitalisations comme Novartis, au détriment des titres secondaires. Convaincu d'une demande d'analyse en la matière, Swisstocks entend y répondre. Ses fondateurs ont détaillé mardi à Lausanne leur projet.

«Nous nous positionnons comme un fournisseur indépendant d'analyse financière», explique Christian Puhr (64 ans), à la présidence de la start-up dont l'objectif est de couvrir la cinquantaine de petites et moyennes capitalisations (PME) romande cotées. Cet environnement pourrait être élargi à terme aux firmes non cotées et aux PME alémaniques. Swisstocks promet «une analyse primaire». A la différence de l'analyse secondaire, ce travail implique, en plus d'une lecture détaillée des comptes, des visites aux entreprises et des rencontres du management. Si les forces et les faiblesses de la société sont passées en revue (analyse SWOT), aucune valorisation chiffrée ne vient étayer l'analyse proposée par Swisstocks.

Pour offrir ce service, Christian Puhr, aussi à la tête de Renaissance PME (fondation investissant dans des PME suisses non cotées), s'est associé à deux anciens de la Banque Cantonale Vaudoise (BCV): Eric Parisod (58 ans), longtemps en charge de la recherche, et Christian Bohner

(59 ans), responsable de la communication financière jusqu'à peu. Ces trois «papys» de la finance s'appuient sur la force de vente de Jean-Charles Zimmermann (48 ans), qui est devenu en début d'année associé de Hottinger & Associés Gestion Patrimoniale après une longue carrière chez Lombard Odier Darier Hentsch & Cie (LODH). Il se limitera à un rôle d'administrateur auprès de Swisstocks.

Intéressante sur le papier, existe-t-il cependant une demande pour cette niche délaissée par le monde bancaire? «Les banques, les gestionnaires de fortune indépendants, les gérants de fonds, les caisses de retraites, les privés, la presse financière ou encore les sociétés d'investissements», identifie Jean-Charles Zimmermann. «Une récente étude de l'Université de Zurich évalue le nombre d'actionnaires à 1 million en Suisse. 75% de leurs titres sont des valeurs helvétiques. Et 43% de leur portefeuille se compose de PME», ajoute Christian Puhr. Institutionnels et privés auraient intérêt à recourir à leurs services, selon les initiateurs de Swisstocks. A quel prix? 6000 francs par année (offre de lancement à 4800 francs) pour un minimum de 30 études. Ce qui fait revenir l'analyse à 200 francs contre une seule d'entre elles proposée à 400 francs. Les fondateurs se sont fixé un objectif minimal de 20 abonnements. La société cherche en parallèle des sponsors. Lesquelles bénéficieraient de la matière et de la visibilité de Swisstocks (logo du sponsor présent sur le site internet et les études distribuées).

En plus de leur expertise (offerte aussi sur mandat à des sociétés non cotées), les fondateurs de Swisstocks insistent sur leur indépendance. Très critiqués après l'explosion de la bulle boursière, les analystes ont fait l'objet d'une intense polémique. Sont-ils des professionnels indépendants ou de simples apporteurs d'affaires? La séparation entre l'analyse financière et la banque d'investissements s'est aujourd'hui clarifiée. Cela n'empêche pas Christian Puhr d'insister sur la totale indépendance de Swisstocks. «Nous ne sommes liés à aucune banque ou broker. Si une personne du management détient des titres de la société analysée, nous le préciserons dans nos études», promet Christian Puhr.