Plusieurs dizaines d’acteurs de l’industrie alimentaire suisse, plus particulièrement les petites et les moyennes entreprises, participeront au Forum Food ce vendredi à Fribourg. Cette manifestation a été mise sur pied par l’OSEC, l’organe suisse de promotion des exportations, qui veut attirer leur attention sur la nécessité de développer de nouveaux marchés. Comme point de départ, un constat. Le secteur alimentaire emploie 60 000 personnes en Suisse et brasse un chiffre d’affaires annuel de 30 milliards de dollars. Mais à l’étranger pourtant, hormis les pays limitrophes, les produits suisses, alors même qu’ils sont d’excellente qualité, sont peu connus.

Les participants au Forum Food auront droit à la présentation de quatre marchés: Allemagne, Brésil, Chine et Russie. «Dans un contexte où l’Europe, notre client traditionnel qui absorbe 60% de nos exportations, se trouve en difficulté et où le franc reste une devise forte par rapport à l’euro, nous disons aux PME de diversifier leur marché», exhorte Patrick Djizmedjian, porte-parole à l’OSEC.

«Les marchés européens en récession devraient pousser les PME suisses à percer dans les pays émergents dans une perspective à moyen et à long terme, poursuit Patrick Djizmedjian. L’Inde, le Brésil, la Chine représentent aujour­d’hui une petite partie de nos exportations par rapport à l’Europe et aux Etats-Unis, mais il s’agit des marchés en forte croissance.» Selon lui, il est certes plus difficile d’exporter vers des pays émergents, mais les PME suisses devront diversifier leurs marchés et prendre peut-être un peu plus de risques à l’avenir.

L’OSEC a pris conscience du fait que les exportations suisses sont, au fil des mois, devenues chancelantes. C’est ainsi que, pour le mois d’avril, le commerce extérieur s’est replié de 5%. Outre l’horlogerie et machines-outils, huit branches exportatrices (alimentation, habillement, précision, métallurgie, textile, plastique, électronique et papier) sont entrées en zone rouge. Hormis l’Afrique où les exportations ont augmenté de 21% en 2011 (331 millions de francs sur un total de 15,2 milliards), les livraisons ont contracté vers toutes les autres régions. En Europe, prise dans la récession, elles se sont repliées de 7%.

Même l’Asie, qui continue à croître, a vu un recul des importations en provenance de la Suisse. La mise a été sauvée en Chine où les ventes du Swiss Made ont grimpé de 27%.

Pour Thomas Straubhaar, économiste suisse et directeur de l’institut hambourgeois Welt­WirtschaftsInstitut, l’économie suisse possède de nombreux atouts pour se maintenir parmi les grands exportateurs mondiaux. Dans un entretien accordé en février au mensuel UBS outlook Suisse, il explique que le pays dispose non seulement d’un noyau industriel solide, complété par des services, mais il dispose aussi des processus. «Les entreprises sont en mesure de proposer à la fois des produits industriels et des services intégrés, garantissant le financement, la livraison, l’assemblage, la mise en service, la maintenance et l’assurance… Comme les entreprises sont en mesure de proposer des solutions intégrées, elles disposent d’une sorte de monopole qui leur permet de fixer les prix et de s’assurer des marges confortables.»

Thomas Straubhaar donne l’exemple de l’aéroport de Zurich qui a conclu un contrat avec celui de Bangalore en Inde. Les experts suisses y fournissent de multiples produits et services. Selon lui, plusieurs entreprises suisses actives dans les projets d’infrastructures (route, rail, réseau d’électricité et d’eau) augmentent fortement le potentiel de la Suisse à améliorer ses exportations.

«L’Europe en récession devrait pousser les PME suisses à percer dans les pays émergents»